Brève: Faisons synthétique…

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit.. La flemme? Peut-être un peu. Le manque de temps? Un peu aussi. Et puis l’envie de décrocher parfois. De ne plus y penser. De me voiler un peu la face et de replonger dans le monde magique des Bisounours imaginaires.
 
Mais quand même, ça te titille toujours un petit coin du cerveau.
Alors tu vois aujourd’hui, je vais te faire partager ce coup de gueule que j’ai passé hier en direct live sur facebook.
Enfin, pour commencer. 
Et puis je vais dire mon indignation, comme souvent.
Mais je ne pourrais pas enlever ce sentiment d’impuissance, d’incompréhension, de truc qui tourne vraiment pas rond.
Cette maman qui attend pour participer à la synthèse concernant son fils (petit bonhomme de 2 ans, placé en famille d’accueil me dit-elle). Elle avait rendez vous à 10h. Elle était à l’heure. Maintenant il est 10h30. On lui dit qu’ « ils » sont en retard. C’est son jour de visite avec son enfant. Tout ce temps qu’elle passe dans la salle d’attente, elle ne le passe pas avec son enfant. Elle le dit. Elle dit qu’elle ne va pas s’énerver. Elle dit que si elle, elle avait été en retard, on lui aurait dit de revenir la semaine prochaine, on lui aurait dit que c’était une mauvaise mère. Et là il est 10h35. Et cette dame est toujours dans la salle d’attente. « Ils » sont en retard.

 

Pour finir « ils » avaient 50 minutes de retard...
On peut m’objecter qu' »ils » manquent de moyens, de personnels, de locaux, de temps, mais ça ne justifiera jamais pour moi la discrimination et la dichotomie flagrantes entre ceux qui travaillent dans le social et ceux qu’on appelle les usagers.
Les usagers doivent être parfaits, la lampe torche de l’État est pointée sur eux. 
Ne dis pas que l’erreur est humaine. Ou alors oui, elle est humaine, mais je me demande alors si les usagers sont vraiment considérés comme des humains…
(Et puis d’abord, ce terme USAGERS, c’est pouark. Ils ne font pas usage d’autres personnes. Et ils ne sont pas périmés non plus. L’être humain n’a pas de DLC (NB: Date Limite de Consommation). Enfin, bon, là je m’égare). 
On ne peut pas me dire que les travailleurs sociaux, supérieurs-chefs et assimilés, référents de la situation, ne savaient pas que c’était le jour de sortie de la mère et son enfant (sinon cela relèverait presque de la faute professionnelle, étant donné que ces personnes sont en charge des droits de sortie et d’hébergement).
On ne peut pas me dire qu’ils n’auraient pas pu le faire un autre jour.
On ne peut pas me dire que si la maman avait eu 50 minutes de retard (même avec une raison valable), « ils » l’auraient accueilli avec un « c’est pas grave Madame, ça peut arriver ».
Ne me fais pas croire cela, je côtoie trop de « ils » dans mon métier pour savoir que c’est faux.
Bon la suite, ça a été le pompon. 
Parce qu’en fait, moi, j’étais là pour une synthèse concernant M.
La maman sort de la synthèse, elle a le sourire et va retrouver son enfant dans une autre salle de la MDS (mais comme j’étais loin de Marseille, ça ne s’appelait pas une MDS. Quand tu sors du département, tu découvres qu’en fait ailleurs c’est pas pareil!).
Pour commencer cette synthèse (celle concernant M.), d’abord, les parents de M. n’avaient pas été conviés (fait qui a été remis en doute à plusieurs reprises par « ils »), ni M. d’ailleurs.
Pour te le faire synthétique (ce qui est le propre d’une synthèse, ou pas), « ils » m’ont expliqué que le projet et le lien éducatif ne justifieraient pas la prise en charge au-delà de la majorité.
Que ça coûtait cher. Qu’il ne fallait pas envisager un contrat jeune majeur (dans 4 mois…). Parce que c’est vrai, M. il n’a qu’à retourner dans cette famille dont il a été retiré par le juge des enfants il y a deux ans (faudra qu’on m’explique ce qu’on entend vraiment par Protection de l’Enfance, moi je comprends plus trop). 
Comme ça, dans 4 mois. Alors qu’il vient de commencer une formation, qu’il est vraiment en lien avec les éducateurs, qu’il se pose, qu’il essaie d’arrêter de faire des conneries et de s’embrumer la tête H24. Parce qu’il coûte trop cher.
(Petit aparté: je ne suis pas certaine que M. coûtera moins cher à la société une fois mis à la rue, dans l’obligation de recommencer ses conneries pour tenir, pour finir incarcéré. Je ne suis vraiment pas sûre que cela coûtera moins cher aux contribuables, mais bon…).
Alors je mélange beaucoup de choses dans cet article. Mais il y a quelque chose de criant, d’évident, qui me saute aux yeux dans toutes ces situations: « ils » ont le pouvoir. « Ils » sont soumis à des contraintes budgétaires et temporelles strictes et rigides, je l’entends. Mais il n’y a personne qui s’insurge, se questionne, contourne, bidouille, cherche, réfléchit. 
Je sais que je ne règle rien avec ces récriminations, que ce peut être lu et entendu comme une simple (con)plainte. Je parle seulement de ma frustration face à ces situations qui m’apparaissent surréalistes.
Je ne détiens pas de vérité, je rêve juste d’un monde idyllique dans lequel nous travaillerions tous mains dans les mains, pour permettre à chaque personne de se subjectiver, de n’être plus objet de la vie mais sujet de sa vie.

« C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain ». 

Pierre RABHI. 

Par Molly Alias (avec son aimable autorisation)