Papa, c’est quoi être éduc’ ?

« Être éduc’ spé mon fils c’est t’occuper…

….des drogués, des clodos, des ruinés, des claqués, des violés, des battus, des maltraités, des perdus, des disjonctés, des perdants, des illuminés, des délirants, des tarés, des mangeurs de caca, des taulards, des tordus, des accidentés, des inconscients, des pauvres, des très pauvres, des très très pauvres, des miséreux, des traînées, des qui se traînent, des malades, des condamnés, des sanctionnés, des fatigués, des suicidaires, des vieux, des jeunes, des familles, des enfants, des hommes, des femmes, des français, des immigrés, des sans-papiers, des avec papiers, des avec des faux-papiers, des avec des vrais-faux-papiers, des sans-noms, des sans-slips, des sans-espoirs, des cassés d’une jambe, d’un bras, du dos, de la colonne, du cerveau, de la vie, des méchants, des très méchants, des gentils, des cons, des très cons, des pervers, des beaux, des moins beaux, des moches, des très laids, des repoussants, des répugnants, des puants, des petits, des moyens, des grands, des bons, des mauvais, des paresseux, des fuyards, de la violence, de la colère, de la haine, de la culpabilité, du dégoût, du désespoir, de la souffrance, du déchirement, des séparations, des pleurs, des bobos, des chagrins, des câlins, de la folie, de l’absurdité, des aberrations, des injustices, des injures, des vexations, des humiliations, des blessures, de la honte, de la paperasse, des rapports, des courriers, des évals, des projets, du vomi, du juge, de l’avocat, du médecin, du préfet, de l’inspecteur, des keufs, des administrations, du maire, des chiottes bouchées, des culs à torcher, des douches à donner, des fausses routes, des béquées, de la porte à ouvrir, de la porte à fermer, des manques, des manques, et des manques, des besoins, des non-dits, des secrets, des beaux secrets, des secrets dégoûtants, des besoins, et des besoins, de prendre rendez-vous, de donner un rendez-vous, et un autre, et un autre, et un autre, et puis un autre et encore un autre, des demandes dites et non-dites, des demandes montrées et non-montrées, de l’ampoule grillée, de ce que tu dois deviner, du standard qui sonne, des réponses pas bonnes, des fugues, des alertes, des cris, des coups de pieds, de poing, de tête, des symptômes, des médocs, des cafards que tu ramènes chez toi, de la galle qui gratte la nuit, des puces éventuellement, de la tuberculose qu’on t’a refilé, de ta peur de chopper le sida, une hépatite, des problèmes de ton équipe, des déménagements, des emménagements, des aménagements, des ménagements, des politiques publiques, des cartons de l’autre, des stagiaires, des collègues, des éducs !, des statistiques, et même des faussées, de prendre le temps et du temps encore, des combats même quand c’est pas les tiens, de comprendre et d’aider à comprendre même quand on y comprend vraiment quedal, de ta propre violence, de ton agressivité, de ton dégoût, de ta haine, de ton affection, de ta séduction, de ton désespoir, de ta souffrance, de tes écoutilles en les ouvrant très grand !, de ton déchirement, de tes séparations, de tes pleurs, de refouler tes larmes, de tes bobos, de ta culpabilité, de tes chagrins, de tes câlins…, c’est regarder le temps sans regarder les heures, c’est penser et repenser, à comment tu vas faire, comment tu vas panser, qu’est-ce que tu vas faire, pourquoi, pour quand, avec qui, pour qui, pour quoi…., c’est résister aux certitudes, aux mangeurs de complexité, aux simplismes, aux simplistes, aux convenances, aux petits arrangements, aux standards, au conformisme, c’est te blinder contre la connerie, c’est être là. »