Attendre sur le Pont d’Avignon

Le temps, les heures,  les semaines, les mois, et parfois même les années.
Ce temps qui passe.
Et la temporalité.
La leur. La notre. Et celle qu’on construit ensemble. Qu’on co-construit.
Le temps est une valeur de base dans une prise en charge.
Le temps de l’OPP (Ordonnance de Placement Provisoire), le temps du JAE (Jugement en Assistance Éducative), le temps de l’article 16 bis de l’Ordonnance de 1945, le temps du contrat jeune majeur.
Le temps codifié, imposé, contractualisé.
« Le temps c’est de l’argent ». On nous/leur impose cette maxime au quotidien.
Le temps de la société, le temps de la norme, la norme juridique (tu as 10 ans après avoir subi un viol pour porter plainte, 30 ans pour une prescription civile), la norme sociétale (ton âge régit ce que la société attend de toi).
Le temps c’est normatif, ça ancre les repères. Ça permet d’exister aussi.
Et puis, au milieu de tout ça. Il y a ces jeunes gens et leur temporalité, propre à chacun, mais soumise à la même Loi.
C’est là que réside toute la difficulté!
De son histoire et de sa façon d’être au monde, ils, nous (ben oui parce que toi et moi aussi!) avons un regard, une approche différente du Temps.
Et le temps de vivre, de se voir, de se connaître, de se REconnaître, de s’apprivoiser, de se rencontrer.
Parce qu’il faut qu’ils soient prêts pour se lancer, prêts pour affronter, prêts pour prendre les responsabilités, prêts pour accepter de grandir.
Et quand ils sont prêts, ils sont prêts à nous rencontrer.
Il n’y a pas de moments-clefs, il y a des moments-prêts.
C’est à ce moment-là que toi, moi, éducateur(trice), tu fais le Pont.
Oui, tu sais, comme le Pont d’Avignon, sauf que lui c’est pas un vrai Pont parce qu’il est cassé au milieu et qu’il ne va pas de l’autre côté de la rive.
Outre les compétences gymnastiques que le Pont demande et la souplesse inhérente à la contorsion, il te faut également entraînements et maîtrise technique.
Tu deviens l’amorce de ce lien entre deux réalités, soutenant, bousculant, temporisant, expliquant, prenant le/a (et leur) temps-oralité, sans cesser de rappeler les échéances, les termes échus et les réalités.
Prendre le temps de rencontrer et construire des Ponts qui n’auront plus besoin d’être par la suite.
Prenons le temps (et ne nous laissons pas happer par les fausses urgences et délais inquiétants => nota bene pour moi-même!).
« Le temps de l’attente, c’est un temps d’action ». Paulo Freire.
Par Molly Alias, diffusé avec son aimable autorisation.