TEDDY a 17ans et demi

Teddy a 17ans et demi, il ne fréquente plus l’école depuis de longues années déjà mais par contre excelle dans l’art de la délinquance ce qui lui vaut de me rencontrer.

C’est un jeune homme étonnant tant il est en paradoxe. Il est très poli et serviable avec son entourage cependant Il revend du  » chit sur le quartier et se fait un Max de blé » du coup, rentrer en formation ne le  » branche pas trop » !

Il vit seul avec sa mère depuis que son frère ainé s’est engagé dans l’armé.

Cette dernière ne sait plus que faire pour l’inciter à cesser ses activités illicites.

Nous engageons un travail sur la dynamique familiale en parallèle de l’accompagnement individuel que j’effectue auprès de Teddy.

Je propose de construire avec eux, leur « carte familiale » afin de démarrer ce travail.

Je commence à dessiner Teddy puis son frère ainé. Je les rattache à la branche maternelle puis demande à Madame F les éléments de la filiation de ses fils pour les raccrocher à leur branche paternelle.

Madame F m’indique le nom du père de son fils ainé et je le place sur le graphisme.

Teddy regarde sa mère fixement et l’apostrophe :  » alors comment il s’appelle ? »

« Ne commence pas Teddy… »

 » bref !! Il s’appelle Bref !!! C’est ça ??? D’la connerie !!! »

Madame F ne parvient plus à cacher son trouble et fond en larme…

Je demande à Teddy de m’expliquer ce qu’il se passe.

Il me confie que durant toute son enfance, il a cru que son père s’appelait Mr Bref !

Il me raconte qu’il le rencontrait avec sa mère le mercredi après-midi au Mac Do et que lorsqu’il voulait se présenter, sa mère lui coupait la parole en disant :  » Bref, passons à autre chose… »

Teddy avait compris qu’il s’agissait de son père car un jour son frère, lors d’une dispute l’avait traité de « bâtard de fils de Mac Do !! »

Teddy avait du mal à contenir ses larmes. Il serra fort sa main en point et, tout en grimaçant, en frappa un grand coup sur la table basse :

« tu vas me le dire, ce putain de nom !!! »

Madame F, dans un sanglot, cherche à accrocher mon regard comme pour m’appeler à l’aide.

« Ne trouvez vous pas qu’il est légitime pour Teddy de connaître le nom de son père ? »

« Mais ce fut si « bref », comme relation ! » dit elle, sans trop se rendre compte d’avoir une nouvelle fois utilisé ce mot que Teddy tient en horreur, tant il représente le désaveu de sa mère.

« Bref, bref, bref !!! Tu n’as que ce mot à la bouche » s’exclame Teddy qui ne tient plus sur sa chaise et se lève pour faire les cent pas dans la pièce.

« Monsieur G, il s’appelle Monsieur G… » fini par murmurer la mère de Teddy.

 

Par Cécile Chéyenne, diffusé avec son aimable autorisation