Brève: Yvonne et Le Bonson de Higgs

Yvonne est une ancienne toxicomane. Son enfance est entre autre marquée par la maltraitance de ses parents, les violences et la perversité de ses conjoints, et sa propre « chute » qui lui fera connaître des périodes d’errance, de dépression, et de retrait du « monde normal » …

Dans le centre dans lequel elle est hébergée, Yvonne est particulièrement attachée aux règles et à leur respect; au cadre, et aux limites à ne pas dépasser,  surtout à celles que les éducateurs doivent faire respecter.

Yvonne appréhende l’ « après ». Elle n’arrive pas à s’imaginer quel avenir est possible.

Yvonne va mal ce jour là. Elle ne sait pas trop pourquoi.

« Ça doit être la période » dit-elle.

Et puis elle parle de cette découverte physique qu’elle a lu dans un canard gratuit…

« On aurait découvert le Boson de Higgs ! C’est cette particule qui donnerait une masse à la matière…qui expliquerait la matière noire de l’univers, cet univers en expansion qui serait possiblement fini… »

Nous discutons ensemble de cette découverte majeure, de l’univers et de ses limites, de frontières, de perspectives possibles après l’inconnu.

Comme en écho avec ses propres limites, ses angoisses de mort, c’est la veille de l’anniversaire de la mort de sa sœur. Une figure importante de sa vie, indépendante, passionnée par les mathématiques et les théories de la physique.

Yvonne avait presque oublié… Comment oublier la chose qu’elle décrit comme l’événement qui la fit descendre aux enfers. Ça la « percute ». Comme si deux temps se rejoignaient pour former son big-bang intérieur.

« Faite-vous à cette occasion un rituel particulier? »

« Non, pas de rituel ».

Elle aurait tant aimé apprendre cette découverte majeure. Elle aurait tant aimé discuter avec elle de ça.

« Pourquoi ne pas lui écrire? »

Écrire à un mort ça paraît fou. Fou comme de penser que l’univers puisse être chiffonné, limité, fini et qu’il n’y aurait rien en dehors de cette limite.

Fou de penser qu’une particule puisse expliquer la masse de tout.

C’est fou qu’on puisse penser écrire pour un mort, mais malgré ses exigences de limites, Yvonne est intéressée par l’idée d’aller en dehors de la limite édictée du rationnel.

Yvonne repart souriante, elle va mieux…

Elle part réfléchir à ce qu’elle pourrait raconter à sa soeur.

Par Edwige, avec son aimable autorisation