L’entretien d’embauche 2.0

La scène se déroule lors d’un entretien d’embauche pour un poste d’éducateur dans une association de prévention spécialisée. Cela se passe en avril 2020 en région parisienne. Marcel, un jeune homme diplômé postule au poste et se retrouve face au chef de service.

 CdS  – Bonjour monsieur, vous avez postulé pour le poste d’éducateur pour…

Marcel – Enfin, éducateur… c’est vite dit, je suis diplômé TTS 2.0, c’est à dire technicien en travail social avec option éducation, je n’ai pas eu assez de points pour Assistant Social.

CdS – C’est ce qui est écrit dans votre curriculum vitae. Mais, je veux savoir si vous êtes en capacité d’aller dans la rue pour rencontrer des jeunes en difficulté.

Marcel – Pas de problème, j’ai suivi un module sur la prévention de la délinquance…

CdS – … mais, cela n’a rien à voir avec la prévention de la délinquance, je vous parle de prévention spécialisée.

 Marcel – Certes, je vous disais donc que j’ai suivi attentivement ce module qui m’a fait découvrir des outils innovateurs. Donc, je sais travailler avec des caméras de vidéosurveillance, cela facilite la tâche pour faire un diagnostic territorial et pour mettre en place un plan d’actions éducatives… Je pourrai affiner en croisant les données des drones.

CdS – Oui, j’entends bien, mais comment comptez vous faire pour entrer en relation avec ces jeunes qui sont, généralement dans la défiance vis à vis des institutions ?

 Marcel – Il est très important de déterminer les problématiques de ces usagers pour établir une fiche de suivi individuel. A partir de cela, il se dégagera des statistiques pour donner les axes prioritaires de l’intervention éducative.

 CdS – … Ah !?!

Marcel – En ayant accès aux données des missions locales, de l’éducation nationale, de la brigade des mineurs, de l’A.S.E. et de la C.A.F., les analyses seront mutualisées et ces jeunes asociaux ne pourront plus nous échapper. On peut conclure l’acte éducatif par un contrat d’engagement de ces jeunes usagers pour qu’ils ne se défilent pas face à leurs responsabilités.

CdS – Et la relation éducative dans tout ça ?

Marcel – La relation éducative… oui, bien sûr, la relation éducative ! Il est important de décortiquer le comportement de ces individus pour les amener à accepter le contrat d’engagement… oui, c’est très important.

CdS – Et en quoi c’est important ?

Marcel – Et bien, pour que mes statistiques d’actes éducatifs soient le plus élevées possible. Dès le premier trimestre, je table sur une progression de 20 à 25% la première année et pour atteindre une moyenne annuelle de 15%, en dessous de ces chiffres ce n’est pas rentable.

 Cds – Rentable ???

Marcel – Nous sommes au vingt-et-unième siècle, il faut que les groupes financiers puissent rentabiliser leurs investissements dans le travail social.

CdS – Vu comme ça… Vous avez des questions sur notre association ?

Marcel – Oui, j’aimerai savoir si vos salariés ont un intéressement au capital ?

CdS – ??? Ils ont des tickets restaurant. Bon, nous allons arrêter là pour cet entretien.

Marcel – Alors ma candidature vous intéresse ?

CdS – J’en parlerai avec les actionnaires… un poste doit se libérer à la City de Londres.

Marcel – Ah oui !?! Et pour un poste de T.S. ?

CdS – Oui, de Trader Social… Non, je plaisante ! Il y a des jours où je me demande ce que je fous là ?

Par Adam CANO QUERO, avec son aimable autorisation

Texte publié sur Avenir Educs

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