Grève à Espoir 35. une mauvaise PUB pour cette association. L’ONES soutient les travailleurs sociaux.

L’association Espoir 35 accueille des adultes en difficultés psychiques. Le conflit porte sur les horaires et les congés.

par Laurent LE GOFF

Les salariés d’Espoir 35, à Rennes, ont déposé un préavis de grève ce jeudi (4Septembre 2014). Ils protestent « contre la suppression unilatérale et sans négociation de jours de congés ainsi que la modification autoritaire de leurs horaires ».

L’association, créée par des familles en 1996, emploie 27 salariés qui accompagnent une centaine d’adultes souffrant de schizophrénie et/ou de troubles bipolaires. Ils sont hébergés dans des structures spécifiques, dont une résidence d’accueil et un service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), place Simone-de-Beauvoir, à Rennes, ainsi que le foyer de vie La Grande Maison, rue Albert-de-Mun.

Cette grève survient le jour même où les résidents avaient prévu de se retrouver autour d’un pique-nique avec leurs proches et le personnel. Un rendez-vous convivial très attendu. « Nous le regrettons mais depuis plusieurs mois, nous ne parvenons pas à avoir une négociation, déplorent les salariés. La direction a imposé les mêmes horaires à toute l’équipe du SAVS, à compter du 1er septembre. C’est incompatible avec les besoins des bénéficiaires. »

Le désaccord porte aussi sur la suppression des jours de congé trimestriels. « Selon notre convention collective, les salariés bénéficient usuellement de 9 à 18 jours de congés trimestriels », explique Audrey Limane, déléguée du personnel Sud santé sociaux. Un usage auquel la direction veut mettre un terme.

Direction et délégués du personnel se sont réunis hier après-midi pour tenter de trouver une issue à la crise. « Respect et fermeté, c’est notre ligne de conduite, explique Pierre Le Duff, président d’Espoir 35. Respect pour nos bénéficiaires, qui ne doivent pas être mêlés à ce conflit social. Et fermeté sur la suppression des jours de congés. Elle se justifie par la nécessaire bonne gestion de nos finances. Nos dépenses augmentent plus vite que nos ressources. Nous devons anticiper pour ne pas nous retrouver un jour en difficulté. »

Or ni le conseil général ni l’ARS n’est à l’origine de ce projet, conduit unilatéralement par « de grands industriels » aux dires de certains salariés. En effet, le directeur d’Espoir 35 n’est autre que Pierre Le Duff, créateur du groupe Super Sport, composé d’une cinquantaine de supermarchés du sport et des loisirs implantés dans la périphérie de villes moyennes françaises et frère de Louis Le Duff, président de La Brioche Dorée classé selon Challenges au 53ème rang des fortunes les plus importantes de France avec 1 200 M€ en 2014.

Pour les travailleurs sociaux d’Espoir 35,  « l’argument financier ne tient pas la route, puisque lorsque les salariés sont en CT ils ne sont pas remplacés. Cela ne coute absolument rien financièrement à l’employeur. D’autre part les CT permettent à certains salariés d’intervenir dans les écoles de formation pour transmettre de la connaissance et continuer le combat pour une dé-stigmatisation du handicap psychique. Trois salariés d’Espoir 35 interviennent régulièrement sur leurs temps de vacances dans les organismes de formation, ce qui participe à la cause du handicap psychique et à une bonne image de l’entité associative. Avec la disparition des CT comment continuer ce genre d’action? »

La suppression des CT permettrait ici à cout constant de gagner du temps de travail sur le personnel, et de le redéployer sur de nouveaux services pour faire des économies d’échelle notamment sur l’emploi de nouveaux salariés, dans une perspective à la fois « d’augmentation de la capacité de prise en charge » comme on peut le lire sur le site de l’association et d’équilibre entre dépenses et recettes comme le suggère le directeur de l’association. Or si la tendance générale est à la compétitivité et à la rationalisation de la dépense, on peut adopter une autre vision et considérer la dépense sociale comme un facteur à l’origine d’un cercle vertueux de création d’emplois. En effet si l’emploi de travailleurs sociaux produit de la dépense sociale, cette dépense produit en retour des recettes par les cotisations et la fiscalité lesquelles alimentent la protection sociale, la cohésion sociale  tout comme la consommation entre autre. Mais lorsque c’est la suppression des congés qui est choisie pour faire face à l’augmentation de la capacité de prise en charge… que deviennent l’emploi et la création d’emplois?

Les Congés trimestriels dans les établissements et services qui relèvent de l’annexe 10 sont primordiaux notamment parce qu’ils obligent un temps de repos physique et psychique qui conditionne la pérennité de la qualité des interventions et subséquemment l’implication de celles et de ceux qui les mettent en œuvre auprès d’un public dont la pathologie psychiatrique mobilise et met au travail profondément l’investissement de chacun.

Respecter les usagers c’est aussi en ce sens respecter les acquis sociaux des professionnels qui jour après jour les accompagnent. Non pas parce qu’entant qu’acquis ceux-ci ne peuvent être remis en cause, mais parce qu’en la matière ces acquis sociaux participent à l’intérêt collectif.

C’est pourquoi l’ONES soutient l’action des travailleurs sociaux d’Espoir 35, globalement soutenus par les familles d’usagers. Soutenez les vous aussi en signant la pétition.