Communiqué : Il faut libérer l’offre de stage pour les étudiants du travail social

Les étudiants des filières du travail social continuent de rencontrer des difficultés à trouver des structures qui les accueillent.

Nous avons eu connaissance ces jours derniers d’un projet porté par l’UNAFORIS auprès de la DGCS visant à permettre aux étudiants n’ayant pas réalisé les stages requis d’obtenir une dérogation pour se présenter à l’examen dans le cadre de l’obtention du diplôme d’État.

L’ONES est fermement opposée à ce type d’assouplissement. Nous y voyons un aménagement pernicieux qui, si il venait a être accepté par les pouvoirs publics, légitimerait la remise en question profonde et durable de la durée des stages pour les formations du social, la fragilisation des cœurs de métiers, et le principe d’alternance fondamental à l’apprentissage sur le terrain de la pratique des professions concernées ( ES, ASS, CESF, EJE, ETS ).

Toutefois l’anxiété des étudiants qui pourraient ne pas pouvoir se présenter au Diplôme d’Etat est elle bien légitime.

C’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics de prendre les mesures qui s’imposent pour déléguer le plus rapidement possible à l’Agence de Services et de Paiement la gestion de la gratification des stages pour les étudiants des filières :

  • Assistant de service social, Éducateur spécialisé, Éducateur de jeunes enfants, Éducateur technique spécialisé et Conseiller en économie sociale et familiale.

Cette disposition (16ème proposition du Manifeste pour le travail social) est de nature à dissocier l’offre de terrains de stage du paiement de la gratification. La convention tri-partite signée entre le stagiaire, l’organisme d’accueil et l’établissement d’enseignement ou de formation déclencherait la gratification une fois saisie par l’ASP. Les droits et avantages du stagiaire ainsi que la responsabilité des employeurs notamment à l’égard de sa formation pratique resteraient inchangés.

Enfin, et c’est le point majeur,

le paiement de la gratification des stagiaires en travail social par l’ASP débloquerait l’offre de terrain de stage car elle libérerait les employeurs du secteur social et médico-social d’une crainte qui bloque tout le dispositif et qui repose principalement sur la prise de risque de devoir rogner sur certains budgets ou de ne pas pouvoir rémunérer l’étudiant comme l’exige la loi compte tenu du contexte actuel de restrictions budgétaires .

Ce réaménagement de la gestion de l’administration de la gratification ne serait aucunement  contraire à l’esprit de la loi qui vise avant tout à « éviter les abus ». Il permettrait en outre de sécuriser le système d’alternance intégrative sur lequel sont construites les formations professionnelles du social et qui s’est vu fragilisé depuis la mise en œuvre de la gratification.

La situation s’est nettement dégradée depuis 2008 tant pour les étudiants éducateurs spécialisés que pour les étudiants des autres filières en travail social soumis à la gratification, ASS, EJE, CESF notamment. Recruter un stagiaire représente une forme de prise de risque difficilement assumée par les employeurs/terrains de stages dans un contexte de crise économique et de rationalisation de la dépense publique. Nous savons que le problème touche tous les étudiants de façon plus ou moins importante, dès lors qu’il se pose pour eux la question d’être rémunérés dans le cadre de leur stage.

La tendance générale est d’ailleurs à la découpe des stages supérieurs à deux mois pour échapper à l’obligation de gratification, plus ou moins incitée par les centres de formations suivant les régions.
Le projet de déroger à l’obligation de stage selon on ne se sait quels critères est dangereux. En plus d’induire une forme de supériorité du savoir théorique sur le savoir pratique, il remet en doute l’importance de la dimension d’alternance dans l’apprentissage.

Être en stage ce n’est pas qu’une ligne à ajouter sur un CV pour développer son employabilité. C’est avant tout apprendre à intervenir dans des situations humaines complexes, chargées sur le plan affectif et émotionnel, et pour lesquelles les actions misent en œuvre, les choix faits ou les décisions prises vont impacter le devenir des personnes .
En ce sens, on ne forme pas les étudiants uniquement pour qu’ils aient un diplôme mais pour qu’ils soient formés à une pratique, à un savoir-être et à des savoirs-faire spécifiques. Comme nous l’avons souligné nous y voyons un aménagement pernicieux qui, si il venait a être accepté par les pouvoirs publics, pourrait légitimer durablement la remise en question profonde et durable de la durée des stages pour les formations du social, et avec elle, la dimension professionnelle des métiers concernés ( ES, ASS, CESF, EJE, ETS ).

Pourquoi déléguer la gratification des stages en travail social à l’ASP?

L’ASP assure déjà la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle du régime public. Elle intervient occasionnellement pour le compte d’organismes de formations professionnelles à statut privé qui reçoivent des fonds publics. Il s’agirait de lui remettre la gestion de la rémunération des gratifications pour le secteur social et médico-social privé non-lucratif.
L’ASP présente l’avantage d’être implantée sur tout le territoire, en métropole et en outre mer par le biais de délégations. C’est un établissement public interministériel. Mais c’est aussi l’exécutant de nombreux donneurs d’ordres dont sont déjà les Régions, en charge de la formation professionnelle des travailleurs sociaux.
Déléguer la gratification des stages en travail social à l’ASP part d’une idée simple. En dissociant offre et paiement, on libère les employeurs du paiement de la gratification, donc on libère de l’offre de stage notamment dans le secteur privé sans déroger à l’obligation de rémunération des stagiaires ni à la durée actuelle des stages.

D’autre part nous y voyons la possibilité de mieux identifier au plan national les besoins en financements pourvus ou non au plan régional. Cet aménagement n’est pas contraire à l’esprit de la loi qui vise avant tout à « éviter les abus ». Il implique toutefois une volonté politique.