FORMATION CONTINUE: ALERTE ROUGE

L’ONES profite de l’alerte de notre ami Joseph ROUZEL (diffusée ci-après) pour attirer l’attention des travailleurs sociaux sur le financement de la formation continue et son avenir au sein du secteur social et médico-social sérieusement compromis compte-tenu de nouvelles dispositions  qui vont notamment réduire de  2,31% à 1,7% de la masse salariale les prélèvements pour les organismes collecteurs.

Moins d’argent pour les formations, c’est tout simplement moins de départs en formations pour les salariés.

A l’heure où le gouvernement souhaite faire de la formation et de la formation continue un atout majeur pour développer les « compétences », la « compétitivité », la « qualité », la « mobilité » des personnels et l’employabilité des jeunes et moins jeunes, l’écart que nous constatons entre discours et réalité est insupportable.

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Réunissons-nous pour construire nos actions à venir.

Formation continue : alerte rouge.

Cela fait 15 ans que j’ai créé Psychasoc, un petit centre de formation dans le champ social[1]. La formation est partie inhérente du travail social au sens où elle produit, outre la mise à niveau permanente des connaissances, des réajustements et des repositionnements chez les professionnels. On le sait, ce travail fondé avant tout sur une relation humaine au quotidien, est épuisant, mais en plus sur le terrain les travailleurs sociaux sont noyés sous des injonctions souvent contradictoires, tirés à hue et à dia par des directions cédant aux modèles industriels du management et qui de fait ont perdu… la direction.   Ce qui nous oriente depuis le début à Psychasoc c’est la volonté de maintenir dans le travail social ce qui en constitue la colonne vertébrale: la clinique, une clinique de la rencontre humaine, de la relation, sans laquelle les missions qui sont confiées aux établissements ne peuvent être menées à bien. Le contexte évidemment ne va guère dans ce sens. Le champ du travail social est miné par des impératifs de production: vous avez réinséré combien de jeunes délinquants, combien d’handicapés ont trouvé une place en ESAT ? etc. Rien n’est dit de la nature du travail. Le chiffre règne en maître. Les évaluations sur lesqulles des cabinets d’audits et de consulting, des coachs et autres joyeux drilles qui n’ont jamais vu un usager de leur vie, ont mis la haute main,  portent sur des détails matériels et comptables. L’illusion d’un résultat mesurable prend à la gorge, alors que parfois ce n’est que des années   plus tard, et parfois jamais, que l’on peut constater la pertinence du travail fourni auprès de personnes en grande difficulté sociale, psychique ou physique. Redisons le bien fort: le travail social n’est pas une marchandise. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons demandé et obtenu l’habilitation pour faire des évaluations externes, sur la base de la clinique institutionnelle.

C’est dans cette perspective, dont des esprits chagrins me disent que c’est du militantisme, – eh bien oui! -,  que j’ai créé ce petit centre de formation, qui tient bon, arc-bouté dans la tempête, sur le socle de la clinique. Les formateurs ont tous une  expérience approfondie du terrain.. Il se sont coltiné le travail en institution comme éducateur, assistant social, chef de service, directeur, infirmier, psychologue, enseignant, psychiatre … Ils ont tous aussi mené des études supérieures pointues et ont acquis des méthodologies de recherche. Nos points d’appui sont du coté de la psychanalyse, la psychologie clinique, la psychothérapie institutionnelle, l’anthropologie, la philosophie… Bref nous avons ouvert un espace où les professionnels qui nous font confiance depuis 15 ans viennent, comme le disent beaucoup, “se ressourcer”, retrouver le sens de l’action au quotidien auprès des plus démunis de nos concitoyens.

Mais voilà qu’aujourd’hui nous sommes menacés. Les nouveaux textes sur la formation continue nous mettent carrément à terre. D’abord il faut savoir que les budgets seraient drastiquement diminués. De 2,31% on passerait à 1,7%, d’après ce que j’ai compris. Les employeurs campent sur leurs positions, sans que pour le moment rien ne soit vraiment tranché,  en faisant valoir qu’il faut renflouer les caisses des établissements, c’est à dire se servir de l’argent de la formation comme “variable d’ajustement” financière. S’il y a des derives gestionnaires dans les ESMS, je ne vois pas pourquoi ça serait aux salariés de payer les pots cassés. C’est un détournement pur et simple de l’argent, prélevé, je le rappelle, sur la masse salariale, et donc au service du perfectionnement et   de la promotion des travailleurs. D’autre part l’Etat, qui lorgne depuis belle lurette sur cette “manne”,  projette de ponctioner de la même façon pour alimenter la formation dans des stages pour les jeunes, bidons, qui ne sont que la resucée des TUC et autres stages–parkings que nous avons vu fleurir tout au long de ces 30 dernières années. La question clé n’est pas abordée: comment créée-t-on des emplois? Il s’agit, on me pardonnera mon cynisme, de faire diminuer artificiellement le taux de chômage pour remporter les élections de 2017.   Bref les financements pour se former tout au long de la vie, ce droit acquis de haute lutte par nos aînés,  risquent de fondre comme peau de chagrin.

Les retombées sont dramatiques. Pour les salariés et pour les centres de formation. Alors que plus de 80% des inscriptions dans les stages se font début janvier, nous ne couvrons même pas la moitié. Conclusion, si rien ne bouge dans les semaines qui suivent, nous allons devoir annuler des stages, et au bout du compte mettre la clé sous la porte. Où est ce que ça coince? Si j’ai bien compris, car il y a de quoi y perdre son latin, il est question que les formations soient agréées à partir des accords de branche. C’est plutôt une bonne chose. Nombre de centres de formation érigés en lobbies se conduisent comme des marchands de soupe. Fort bien, il faut faire le ménage et n‘agréer que des formations qui produisent des retombées sur le terrain. Mais en attendant, nous sommes exangues. Les OPCA, eux-mêmes dépendants de ces orientations, ne peuvent  nous répondre, ils sont eux aussi en attente. Nombre de directions d’établissements ont pris la décision de sursoir à toute demande de formation des salariés.  Tout ceci est d’autant plus étonnant qu’aucune loi n’est jamais rétroactive et que les formations de 2015 sont financées sur le budget 2014. On devrait disposer de toute l’année pour ajuster les textes au plus près des réalités. Alors d’où vient cette précipitation? Qu’est-ce qui se joue dans l’affolement? Tout ceci n’est sans doute pas sans lien avec la réforme de la formation initiale, qui se discute dans le dos des professionnels.[2] Quand comprendra-t-on que la démocratie signifie le pouvoir du peuple et qu’à force de ne jamais consulter  les professionnels concernés au premier chef, on produit de la casse et de la désespérance?

Joseph ROUZEL, Directeur de l’Institut Européen Psychanalyse et travail social (PSYCHASOC).

 

 


[1] Institut Européen Psychanalyse et Travail Social à Montpellier. www.psychasoc.com

[2] Voir le collectif AvenirEDucs, avenireducs@outlook.fr

2 comments

  1. « Les organisations syndicales CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et FO réunies ce 13 janvier 2015 en Commission Paritaire de Branche ont pris acte de la déclaration liminaire de l’UNIFED annonçant un recul important de la mutualisation au niveau de l’OPCA UNIFAF.

    En septembre 2014, l’ensemble des organisations syndicales revendiquait à minima le maintien des taux de contribution à la Formation Professionnelle Continue, soit 2,30 % de la masse salariale.

    Alors que les négociations ont commencé avec une proposition patronale d’une cotisation formation de 1,7 % de la masse salariale brute (1 % légal + 0,7 % conventionnel : soit 1,7 % mutualisé), l’UNIFED annonce aujourd’hui une cotisation mutualisée réduite à 1,3 % au mieux !… voire 1,10 % si le 0,20 % du Compte Personnel de Formation (CPF) n’est pas versé à l’OPCA. … »

    Source tract intersyndical du 15 janvier 2015