Paris : grève du personnel de l’aide sociale à l’enfance mardi 30 juin 2015

L’ONES SOUTIENT LES PROFESSIONNELS DE L’AIDE SOCIALE A L’ENFANCE DE PARIS

En grève mardi 30 juin 2015 10h00 devant l’Hôtel de Ville, pendant le conseil de Paris.

Communiqué de l’Intersyndicale

La protection de l’enfance en danger est une mission relevant de la compétence du Président du Conseil Départemental, comme inscrit dans le Code de l’Action Sociale et des Familles.

A Paris, c’est le Maire de Paris, également Président du Conseil Départemental, qui se porte donc volontaire pour assumer, entre autres, cette lourde responsabilité.

Un enfant est placé lorsqu’un juge estime qu’il est en danger au sein de son milieu familial ou lorsque ses parents en expriment la nécessité. C’est alors au service de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) que le Maire de Paris délègue sa responsabilité. Il appartient ensuite à ce service d’assurer la protection de ces enfants, à travers un suivi social, éducatif et administratif de qualité, afin d’apporter aux enfants des conditions de vie adaptées à leur bonne évolution et, si possible, de travailler un retour dans leur famille. Il est aussi de la compétence de l’ASE de venir en aide aux majeurs de moins de 21 ans, en difficultés sociales et familiales.

Le Maire, le Conseil de Paris, la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé (DASES), et plus précisément la Sous Direction des Actions Familiales et Éducatives (SDAFE), décident des budgets et grandes orientations données pour ce service.

Les agents des services publics parisiens de protection de l’enfance, dénoncent depuis des années des conditions de travail indécentes : surcharge de travail, non remplacement des arrêts de travail (y compris les congés maternité alors que les agents sont majoritairement féminins, en âge d’avoir des enfants), non reconnaissance salariale (gel du point d’indice, primes opaques) etc.

Nous déplorons ces conditions de travail. Le Département de Paris doit enfin offrir aux agents la possibilité de remplir correctement leur mission de protection des enfants, qui sont aujourd’hui de plus en plus mise à mal :

* manque de places d’accueil en urgence ;

* manque de places d’accueil adaptées aux enfants les plus en difficulté ;

* critères de plus en plus strictes pour l’attribution des aides aux jeunes majeurs ;

* manque de disponibilité des travailleurs sociaux de l’ASE, censés proposer un accompagnement individualisé pour les enfants, leurs familles, et être en lien avec les structures d’accueil, les magistrats, les écoles, les centres de soins ;

* manque de disponibilité des encadrants, censés apporter un conseil technique, prendre des décisions, recevoir le public dans les situations de crise, contractualiser avec les associations de quartier toutes les mesures de prévention ;

* manque de psychologues (ex : un psychologue pour 620 jeunes) ;

* surcharge de travail des agents administratifs amenant un retard de traitement des dossiers (ex : certains jeunes se retrouvent parfois sans couverture médicale) ;

* manque de personnels à l’accueil, chargés, outre des tâches de secrétariat, d’accueillir un public un souffrance et dont ils sont la première cible.

Cette détérioration des conditions de travail des agents a pour conséquences directes : des agents épuisés, un taux d’arrêts maladie très élevé et un turn-over constant, suscitant autant de ruptures

dans le travail auprès des enfants que chacun, de sa place, essaie d’accompagner.Quels moyens le Département de Paris met-il à disposition des agents pour offrir un travail de qualité auprès de ces familles, ces enfants, alors que ces agents sont eux-mêmes en souffrance ?

En juin 2015, nous apprenons que la DASES réorganise le service de l’ASE, en créant un service dédié spécifiquement au suivi des jeunes majeurs. Cette nouvelle pourrait être l’annonce d’une réelle préoccupation vis-à-vis de ce public. C’est d’ailleurs comme tel que la direction présente son projet.

Pourtant il n’en est rien.

Les modalités de cette réorganisation impactent encore davantage la charge de travail de chaque agent, donc leur disponibilité, et par conséquent la qualité de l’accompagnement des mineurs et majeurs.

En effet, pour environ 1300 jeunes majeurs, 27 postes sont redéployés des 12 secteurs déjà existants. Un chiffre insuffisant au regard du travail à effectuer auprès des jeunes majeurs, et colossal au regard des postes perdus pour l’accompagnement des mineurs. Pour exemple : dans ce futur service « jeunes majeurs » sera compté un travailleur social pour plus de 90 jeunes, tandis que la surcharge de travail déjà dénoncée dans les services pour mineurs sera maintenue avec un ratio minimum de 32 situations par travailleur social. Etre « référent » de 32 enfants, avec des postes de gestionnaires et de cadres en moins : quels moyens le Département de Paris offre-t-il à ses agents pour aider les enfants de notre société les plus en difficultés ?

Le travail auprès des enfants, des jeunes majeurs et des familles, est un travail de lien avec des usagers en détresse sociale, morale et psychique. S’il s’agit d’aider à la reconstruction de liens familiaux, au développement d’enfants ayant souvent connu des situations traumatiques, au soutien de projet de vie de jeunes qui seront les adultes de demain, comment le Département de Paris peut-il organiser la détérioration pure et simple des conditions d’exercice de ces missions ?

Les agents du service public parisien de l’Aide Sociale à l’Enfance, refusent de continuer à cautionner cette politique, actuellement soutenue par le Maire de Paris et basée sur des considérations budgétaires au détriment de la qualité de la protection des enfants.

Avec d’autres organisations syndicales (CGT, CFDT, UCP, FO, SUPAP-FSU, CFTC, UNSA), et après une mobilisation forte des agents, un préavis de grève a été déposé à la Mairie de Paris, pour le mardi 30 juin. Un rassemblement est organisé à 10h sur le parvis de l’hôtel de Ville, alors qu’aura lieu le Conseil de Paris, qui débattra du budget de la collectivité. Il s’agit de demander : la révision de la charge de travail dans les services de la SDAFE (et par conséquent des créations de postes) ;

* l’arrêt de toute la réorganisation en cours ;

* l’arrêt des suppressions de postes et le recrutement de personnel pour tous les postes vacants ;

* le remplacement des congés longue durée ;

* le maintien des postes consécutif aux départs à la retraite.

Nous ne voulons plus d’une protection de l’enfance au rabais !

à Lire également source le Miroir social

L’ensemble des syndicats appelle à faire grande cause commune contre des conditions de travail indécentes.

Anne Hidalgo, maire de Paris, en avait fait la grande cause de sa mandature : lutter contre la grande exclusion. Une grande cause qui ne concerne visiblement pas l’aide sociale à l’enfance (ASE), si l’on en croit les agents de ce service en charge des enfants en grande précarité, que ces derniers soient retirés à leur famille sur décision de justice ou bien à la demande de parents démunis.

Car,  selon les syndicats, la politique actuelle de la mairie et du département de Paris empêche le personnel d’assurer la protection de ces enfants par un suivi social, éducatif et administratif de qualité et, si possible, permettre un retour dans leur famille. Ces agents dénoncent depuis des années des conditions indécentes avec pour conséquences une surcharge de travail ainsi que le non-remplacement des arrêts maladie, y compris les congés maternité alors que les agents sont majoritairement féminins. Ces détériorations amènent à l’épuisement des agents, à l’augmentent du nombre d’arrêts maladie et suscitent un renouvellement constant. Ce phénomène « fragilise le travail auprès des enfants » affirme le personnel.

En tout cas, la crise qui frappe le service d’aide à l’enfance est telle que les syndicats CGT, CFDT, SUPAP, FO, UNSA , CFTC et UCP se sont constitués pour la première fois depuis bien longtemps en une intersyndicale, une grande cause commune quasi historique, ; ils appellent à une grève mardi 30 juin avec une manifestation à 10h00 devant l’Hôtel de Ville, pendant le conseil de Paris. Du jamais vu !

Mais au-delà de cette crise sociale, ce sont les missions même de ces travailleurs sociaux qui sont mises à mal avec les nouvelles restrictions budgétaires décidées par Anne Hidalgo et Dominique Versini, son adjointe en charge de ce secteur. Ces restrictions créent un manque de places d’accueil d’urgence pour les enfants les plus en difficulté. La pénurie touche tous les professionnels du secteur comme les psychologues (parfois un psychologue pour 620 jeunes !) ou encore le manque de disponibilité des travailleurs sociaux et des encadrants. Sans compter la surcharge de travail des agents administratifs amenant un retard de traitement des dossiers, ce qui fait que certains jeunes se retrouvent parfois sans couverture médicale. Pas très « fluctuat » .

Bref, à Paris on ne sait pas si, pour Anne Hidalgo, c’est toujours la « grande cause » mais sa politique budgétaire produit indéniablement de grand effets. C’est pourquoi les agents de l’aide sociale à l’enfance demandent l’arrêt des suppressions de poste et le recrutement de personnel sur les postes vacants, y compris ceux liés à des congés de longue durée et le maintien des postes consécutifs aux départs à la retraite. C’est bien le moins que puisse faire la maire de Paris si elle considère vraiment faire de la lutte contre l’exclusion sa priorité. Dans la cas contraire, sa grande cause deviendrait carrément « mergitur »