Dis donc Président un état d’urgence de trois mois….

Par VDM éducateur

Dis donc Président un état d’urgence de trois mois, des flics, des douaniers, des juges en plus ce ne serait pas un peu raisonner à court terme.
Ça ne te dirait pas d’investir dans du durable, du costaud, du solide parfois fragilisé un truc qui tient la route malgré tout ce qu’on entend à droite à gauche. Je te suggère d’investir dans la jeunesse de ne pas te contenter de la pleurer. Je te dis ça car je travaille avec des mômes, des ados un peu paumés un peu perdus, ils ont soif de vivre d’écoute, d’envies, de protection, d’affection, de rires. Ils viennent d’un peu partout de la ville, de la campagne, d’ici de l’étranger. Y’a des laïcs, des cathos, des musulmans…

Certains ont fuit la guerre, pour échapper à tu sais bien qui. Planqués dans un camion direction, ici la France un pays pour eux plein d’espoir. Mais depuis vendredi, ils n’arrêtent pas d’entendre le mot guerre. J’en ai eu un hier au téléphone, il était inquiet, en colère. Quand je pense qu’on lui refuse sa viande préférée au prétexte d’un risque de contagion. Foutaise. Heureusement pour nous, pour lui, la guerre de son enfance ne l’a pas trop bousillé.
Bosser avec un gosse traqué par la violence, devenu un grand parano, ce n’est pas donné à tout le monde. On fait avec, on le rassure, on relativise on prend deux trois coups et on s’accroche.

Tiens je pense à une autre, toute petite, toute gentille, toute perdue et bien figures toi qu’elle n’aura pas d’AVS dans son collège. «Trop tard» la demande est arrivée trop tard paraît il, dommage pour elle un an de perdu. Et puis l’autre qui ne pourra pas voir son thérapeute préféré: pas de sou.
Ah oui y’a l’autre le grand un peu chiant, souriant, il est là avec ses frangins un peu plus petits. Pour eux pas de week-ends à la maison, c’est simple les parents n’en ont pas, alors ils passent du 115 au 115, du fast food au kebab, le temps d’une visite, d’un après midi. Pourtant dans cette bonne ville de Rennes des logements vides, j’en vois.

C’est vrai, de temps en temps on a bien deux ou trois branleurs des vrais casses pieds, t’inquiètes pas il suffit de gratter un peu de chatouiller, de les prendre avec des pincettes. Surtout pas de front malheureux, alors ça s’apaise. Nul besoin de les parquer.
Avec les collègues on imagine, on crée, des moments de rires, de réconfort si tu connaissais notre capacité à innover, tu n’en reviendrais pas.
Enfin t’as pas le temps, t’as du pain sur la planche, t’as des avions de chez Dassault à faire décoller.

Je me permets d’insister pourtant car figures toi qu’en ce moment je travaille un dimanche sur deux. Je t’avoue je suis un peu fatigué de tout ce merdier, je me rassure tant bien que mal idem au boulot. Toujours discuter avec eux, ne pas laisser tomber.

Tiens mon frangin aussi d’ailleurs bosse le dimanche. C’est pas grave on se verra à Nöel. Ah non mince je bosse tu sais avec les gosses dont je viens de te parler. Peu importe j’aime pas trop cette période.

Eux ils aimeraient bien avoir un petit cadeau ou même un moyen, avec 20 euros par tête de mioche on ne pourra pas leur offrir grand chose. Pour l’anniversaire, c’est 7 euros. Le gosse, la gamine, il, elle a passé trois ou quatre ans avec nous, on fait une fête pour son départ, on racle les fonds de tiroir pour un album photo.

La consommation c’est pas trop mon truc mais eux ça leur parle de bonheur, de libertés. Notre société occidentale qui fait rêver et qui pleure. Réfléchit elle ?

Je viens d’apprendre que tu allais faire des cadeaux à la Police Municipale.
Du coup je voulais savoir si tu avais l’intention de faire un geste pour la Protection de l’Enfance avant qu’elle ne pète les plombs?

One comment

  1. Merci pour ces mots qui collent tellement à notre quotidien de travailleulleurs sociaux ….et du courage et encore du courage car je ne crois pas que des jours meilleurs nous attendent