Quand le militantisme se substitue au journaliste… pour mieux attaquer (encore) les professionnels de la protection de l’enfance.

Président de l’Organisation Nationale des Éducateurs Spécialisés, je me dois de réagir à votre documentaire intitulé « Rachel, l’autisme à l’épreuve de la justice ».
En effet, les professionnels de l’ASE et le système de protection de l’enfance en général y est tout particulièrement mis en cause. J’estime cette charge très excessive, partiale et non documentée.
Le parti pris émotionnel est bien assumé par la réalisatrice et tout concours à conforter Rachel dans la place de victime d’un système froid, inhumain et aveugle. Les larmes de ses défenseurs, le gros plan sur la valise avec les doudous… cette mise en scène participe de la démonstration tout autant que les affirmations péremptoires sur les aveuglements des services sociaux et des juges.
Or, à aucun moment il n’est explicité que les travailleurs sociaux sont soumis au secret professionnel et qu’ils commettraient un délit pénal (art 226-13 du code pénal) s’ils venaient à s’exprimer sur le fond de cette affaire. Le documentaire ne représente donc que le point de vue de Rachel et de ses défenseurs. Le point de vue des enfants et des travailleurs sociaux qui doivent soutenir leur intérêt ne peut s’exprimer publiquement. Par contre, tous les éléments de fonds se jouent sur sur la scène judiciaire où les différentes parties peuvent se confronter dans un débat contradictoire.
Du reste, la scène judiciaire n’est pas aveugle. Un juge peut prendre une décision et se tromper. C’est pour cela qu’il existe des voies de recours, la possibilité de faire appel à d’autres experts et de se défendre devant une autre cour qui se doit de tenir compte des éléments nouveaux. Si rien de tout cela ne fonctionne, il reste encore le défenseur des enfants et la cours européenne des droits de l’homme. Manifestement, tous ces recours ont été exercés et, si la situation des enfants et de cette maman n’évolue pas dans le sens où elle le souhaite, c’est peut être bien parce que de solides raisons existent.
Sur le plan de l’évaluation, il est fait mention de « grilles avec 48 items » Or, depuis 2007 et bien plus encore depuis 2016, la question de l’évaluation des difficultés d’un enfant ne saurait se limiter à un canevas où il faut cocher des cases. Tous les modèles actuels d’évaluation des besoins fondamentaux d’un enfant doivent prendre en compte l’environnement de l’enfant, tenir compte tout particulièrement de son handicap ou de ses troubles éventuels de la relation ou de l’attachement. Les propositions de judiciarisation des dossier se fait toujours après une évaluation pluridisciplinaire en tenant compte au maximum de la parole des enfants et des parents.
Dès aout 2015, l’ONES a publié un communiqué à l’intention de la presse pour les alerter quant à la partialité des arguments de certains défenseurs de Rachel http://www.ones-fr.org/?p=4851 . Que la réalisatrice qui dit s’être tant impliquée, ait omis cette information n’est qu’une illustration supplémentaire de la partialité de son propos.
Nous demandons donc un droit de réponse à ce
reportage à charge.
Pour l’ONES Jean Marie VAUCHEZ