Communiqué: Zone interdite, un reportage bienvenu mais très incomplet.

 L’ONES se réjouit qu’un média généraliste ait abordé cette question difficile de la maltraitance dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Pour autant, l’ONES tient à apporter des réserves tant sur le fond que sur la forme de ce reportage.

La forme particulièrement caricaturale de ce reportage clive les intervenants entre les bons et les mauvais. D’un côté on trouve les bons professionnels qui dénoncent les maltraitances et de l’autre les mauvais professionnels maltraitants. De même, on voit les mauvaises aux institutions (Moussaron, l’accueil des personnes handicapés en Belgique) opposées aux institutions de qualité. Cette manière, binaire, de présenter la question de la maltraitance, associé à un montage et à une scénarisation jouant sur la dramaturgie amène des réactions passionnelles dans lesquelles l’ONES ne veut pas entrer.

Sur le fond de la question de la maltraitance en France dans les institutions médico-sociales et psychiatriques, ce reportage ne fait qu’effleurer les choses en ne traitant que de quelques cas dramatiques et bien connus mais peu représentatifs des maltraitances ordinaires souvent dénoncées par les éducateurs spécialisés et ne reflétant pas les processus conduisant à ces dérives dans la prise en charge des enfants.

On aurait aimé trouver une analyse plus poussée sur la question des logiques de marché qui amènent à considérer les enfants comme des produits rentables. Cette dimension, traitée partiellement pour ce qui est de la Belgique aurait pu être étendue à d’autres établissements puisque sur les établissements cités, plusieurs relèvent de structures privées à but lucratif. Or, en France, ce type d’établissement est extrêmement minoritaire mais tend à se développer, notamment depuis la mise en concurrence des établissements entre eux introduites par la loi HPST et ses procédures d’appel à projet. Le management inadapté, gangrené par les procédures et les normes, le manque de formation ou le manque de qualification des éducateurs sur le terrain… ces thématiques centrales pour comprendre la survenue d’actes de maltraitances auraient pu faire l’objet d’un chapitre du reportage.

De même, le documentaire aurait pu laisser une place importante aux outils de prévention de la maltraitance dans les établissements. On peut se questionner sur le fait qu’après un an et demi d’enquête, il ne soit pas fait référence aux dispositifs issus de la loi du 2 janvier 2002 renforçant les droits des usagers au sein des institutions. Comment un journaliste peut-il passer à côté des protections juridiques dont bénéficie le salarié qui dénonce des cas de maltraitance à l’autorité judiciaire.

Ne pas évoquer ces sujets est un choix que l’ONES regrette. Ce reportage aurait pu faire œuvre pédagogique pour énoncer outils et moyens de lutte contre les maltraitances qui ne se résument pas au seul 3977.

Les éducateurs spécialisés regrettent que les seules occasions de parler de leur métier dans les médias généralistes soient liées à des sujets dramatiques, jouant sur l’affectif et l’émotion dans un but évident d’audience. Or, sur d’autres thématiques les journalistes généralistes brillent par leur absence. Où sont-ils lorsqu’il faut évoquer les difficultés dramatiques des formations en travail social et notamment de la question des stages tellement mis à mal que des mouvements sociaux bloquent les centres de formation depuis 2008 dans l’indifférence complète des médias généralistes ? Où sont les journalistes généralistes lorsqu’il faut enquêter sur la déliquescence de certains établissements soumis à des impératifs budgétaires et administratifs ubuesques ? Et pourtant, la qualité des stages est centrale pour que les jeunes professionnels se construisent un rapport à l’usager apaisé et non maltraitant. De même, les évolutions de la psychiatrie d’une part et du médico-social d’autre part sont des choix politiques forts qui concernent l’ensemble de la société, ne serait-ce qu’au regard de la qualité des prises en charge proposée aux enfants les plus vulnérables.

L’ONES continue à chercher à soutenir les professionnels dans leur recherche d’une qualité de travail et doit valider en février lors de son assemblée générale une charte éthique dont l’élaboration aura pris plus de deux années. Ce document vise à ré-énoncer quels sont nos valeurs et nos repères pour se situer vis-à-vis de nos obligations professionnelles notamment lorsque le cadre de travail se délite et que nous sommes confrontés à des situations de maltraitance, tant pour nous même que pour les usagers.