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Michel LEMAY, "J’ai mal a ma mere"

Ed Fleurus Psycho-Pédagogique, 1993

mardi 18 septembre 2007, par Webmestre

I. Replacer le livre dans son contexte.

Le docteur Lemay est né en 1931, il a commencé sa carrière en Bretagne comme éducateur spécialisé, puis comme directeur des études à l’école d’éducateurs spécialisés de Rennes. A la fin des années cinquante, il se fait connaître par ses publications consacrées à la jeune profession de l’éducation spécialisée en parallèle de ses études de médecine. Docteur en médecine, docteur es lettre, psychiatre Michel Lemay est maintenant professeur titulaire au département de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, tout en étant détaché à l’école de Psycho-éducation de cette même université. Conférencier et pédagogue exceptionnel, Michel Lemay est renommé tant au Québec qu’en Europe. Invité à de nombreux Colloques internationaux, il anime aussi des séminaires de formation auprès des professionnels tant au Québec, qu’en France, en Belgique et en Suisse. S’appuyant sur sa longue expérience clinique, il sait transmettre ses connaissances avec clarté tout en favorisant la réflexion et l’échange entre les participants. Michel Lemay est un auteur prolifique qui a notamment écrit : : "Psychopathologie juvénile" (Fleurus, 2 vol.) ; "Le diagnostic en psychiatrie infantile" (Fleurus) ; "L’éclosion psychique de l’être humain" (Fleurus) ; "Les psychoses infantiles" (Fleurus) ; "Les groupes de jeunes inadaptés" (P.U.F.) ; "Les fonctions de l’éducateur spécialisé de jeunes inadaptés" (P.U.F.) ; "De l’éducation spécialisée", ; "Famille, qu’apportes-tu à l’enfant ?" (Ste-Justine), " L’enfant agressif " ( Fleurus), "Traitement des adolescents délinquants" (Fleurus), "L’autisme aujourd’hui" (Odile Jacob),"J’ai mal à ma mère" (Fleurus). Pourquoi écrire ce livre ? Michel Lemay a recensé près de 1400 études sur la question de l’enfant abandonné, hors le terme « carencé » n’est pas toujours bien défini d’après lui. De nombreux écrits ont été réalisés sur « le jeune enfant face à la disparition maternelle », sur « le langage symptomatique de ce petit carencé en s’exprimant par le corps, ses angoisse » ou encore sur « l’adulte abandonnique ». Cependant pas assez sur « que deviennent-ils à la période de latence ? que devient chez l’adolescent et chez l’adulte le mode de relation incorporatif ? Qu’en est-il des difficultés intellectuelles ? Comment le carencé peut-il assumer sa fonction parentale ? Etc. ». Michel Lemay, dans cet écrit cherche à comprendre le devenir possible d’un enfant carencé sur le plan psychopathologique et sur le plan de l’adaptation sociale. Pour ma part j’ai choisi de m’arrêter sur le chapitre qu’il consacre « au langage cognitif ».


Pour Mr LEMAY il apparaît nécessaire d’adopter une perspective longitudinale afin de comprendre le devenir possible d’un enfant carencé tant sur le plan psychopathologique que sur celui de l’adaptation sociale. De plus les opinions demeurent très partagées quant à la gravité des privations relationnelles précoces pour le développement ultérieur de l’être humain.

La privation de milieu familial normal, notamment celle d’une image maternelle satisfaisante, entraîne, on le sait, des conséquences qui peuvent être fort dommageables pour le développement d’un être humain et retentir, à travers son enfance et son adolescence jusque dans la vie adulte. Le Professeur Michel Lemay ouvre des perspectives constructives thérapeutiques.

Il attire l’attention sur les dangers de minimiser la gravité d’un problème, sans doute plus actuel que jamais et qui requiert instamment l’attention des spécialistes, des parents eux-mêmes et de l’opinion publique tout entière.

LEMAY veut découvrir comment un ensemble de facteurs pathogènes crée à un âge donné un processus à la fois déficitaire et conflictuel, qui bouleversant l’équilibre émotionnel du sujet, le force à se réaménager selon des lignes de développement inhabituelles.

Ce livre s’emploie à démontrer qu’il existe des liens étroits entre la délinquance future et la rupture des liens précoces. Il apporte des éclairages sur les comportements que l’enfant développera plus tard et propose , au professionnel spécialisé, des fonctions préventives et thérapeutiques



II ) Résumé

(p.97 à p.156)


Pour LEMAY, la naissance d’un enfant handicapé ou ayant des problèmes de santé joue beaucoup sur la relation avec ses parents. Au retour d’une longue hospitalisation, les parents perçoivent l’enfant comme source d’angoisse et peuvent si la blessure narcissique est trop profonde démissionner et agresser l’enfant. Dans le cas d’une femme rejetant son enfant dans son ventre , il y a des risques sur l’évolution de la vie intra utérine, pour LEMAY la prématurité

crée un événement traumatique indéniable ; l’enfant peut présenter des séquelles sur le plan du développement psychomoteur.

De génération en génération, il peut y avoir des transmissions de troubles émotionnels graves qui n’ont pas besoin de faire appel au capital génétique pour

être expliqués. A noter que chaque être humain possède son propre seuil de tolérance à l’agression, chaque personne à des périodes spécifiques de vulnérabilité, pour certains ce sera au début de leur vie, pour d’autres à des moments différents de l’existence. LEMAY souhaite ainsi interpeller les parents en les induisant à prendre des attitudes qui auront elles même des répercussions secondaires importantes.

Au sujet des jeunes carencés, LEMAY constate des variations considérables selon les jeunes. Il faut prendre en compte la situation de la famille, savoir si il avait une mère ou un substitut maternel, dans quelle hygiène vivait l’enfant, regarder son développement staturo-pondéral….

Tous ces points font dire à LEMAY que les jeunes carencés peuvent avoir de multiples causes qui pourraient expliquer leurs problèmes. LEMAY constate qu’il y a un langage somatique lorsqu’une privation maternelle apparaît dans le début de l’existence, il le remarque par une intolérance digestive qui se traduit par une perte de poids, par des vomissements…….

Les jeunes carencés ont souvent des retards pubertaires, pour LEMAY il n’est pas invraisemblable qu’un sujet insécurisé, manquant de confiance en lui même et se projetant fort mal dans l’avenir puisse réagir « somatiquement » en restant enfant. Pour ces jeunes, il constate aussi des négligences importantes sur le plan de l’hygiène alimentaire pour des raisons socio-économiques et psychologiques.

Au niveau de la participation corporelle d’un enfant carencé, il est très difficile pour lui de s’exprimer avec des mots simples, ou même par le biais de dessin ou de jeu. Pour LEMAY il en est partiellement capable mais à condition que l’adulte tienne compte de son véritable niveau.

Les modalités d’expressions telles que le balancement pour les enfants abandonniques sont très fréquemment rencontrés, surtout dans la petite enfance avec une diminution au fur et à mesure des années. Mais pour LEMAY certains jeunes vivent pourtant ce comportement auto érotique sous le registre de l’insolite et voudraient se débarrasser d’une telle habitude qui prend dans ce cas un caractère obsessionnel avec une phase de lutte, de réalisation puis la mise sur pied de mesures ritualisées pour éviter le balancement. Il y a aussi d’autres modalités d’expressions telles que l’automutilation, l’énurésie, l’encoprésie ou par une érotisation globale du corps. Tous ces jeunes carencés sont souvent avides de soins médicaux ou para médicaux mais négligent fortement leur hygiène quotidienne pour renvoyer à leur entourage l’image délabrée qu’il se sont faites d’eux même.

LEMAY nous parle aussi du schéma corporel qu’il définit comme la représentation affective que nous avons de notre corps. Il nous faut bien comprendre l’importance de la relation entre la mère et son enfant mais aussi les échanges qu’ils ont, c’est une sorte de jeu interactionnel qui a pour but pour l’enfant de passer du stade de sujet désiré à celui d’un être désirant.

Pour LEMAY quelle que soit la qualité de l’équipement somatique, l’enfant privé précocement d’une relation maternelle se trouve dans une situation inadéquate quant à l’apport des stimulations.


LEMAY constate deux faits liés à un sujet carencé profond sur plusieurs années :

  • les perturbations motrices sont souvent importantes quand le garçon ou la fille est jeune

  • elles tendent à se résorber d’elles mêmes après la puberté, même si certains restent maladroits.


Ils notent que certains sujets sont plus aptes que d’autres à se défendre vis à vis des conditions défectueuses de l’existence ce qui montre que personne n’est sur un même pied d’égalité.

Le retard de ces jeunes carencés porte essentiellement sur :


  • coordination globale

  • arrêt volontaire

  • état tonique

  • équilibre

  • rythme

  • latéralisation


L’ensemble de ce langage symptomatique sur le plan somatique amène à se demander ce qui peut être fait au niveau des traitements



Intervention thérapeutique

Une grande partie des enfants carencés ont vécu une longue hospitalisation, ce fait soulève le problème de l’organisation des soins en milieu hospitalier. Il faut sensibiliser l’équipe soignante, chaque nouveau né doit être l’objet d’attentions réelles, soutenir les familles désemparées…. Ces problèmes sont tellement aigus qu’ils sont insolubles d’où la nécessité de formation adéquate sur le développement psychoaffectif de l’enfant.

Il faudrait créer pour ces jeunes carencés des institutions avec des équipes éducatives régulières pour échapper aux manifestations de l’hospitalisme telles que des foyers de groupes avec 7 ou 8 enfants.

Michel LEMAY nous fait comprendre que dans des établissements de soins il est très important de ne pas prendre la place de la famille auprès du jeune tout en restant proche avec la difficulté de trouver un juste milieu.

Pour les jeunes privés d’affection maternelle il est important de réaliser un véritable traitement d’intégration sensorielle qui varie en fonction de l’âge, du trouble du sujet, du lieu où il se trouve pour faire redécouvrir à l’enfant des stimulis. C’est une étape qui sert à réconcilier le jeune à son environnement, elle prépare la prise de conscience de sa propre corporalité.

Rapprocher l’enfant de ses pairs est aussi très important car les réflexions admiratives ou interrogatives des camarades aident à la transformation positive de l’image corporelle.


III. Résumé du chapitre 3 « le langage cognitif » [p157-211]

Dans un premier temps, Michel Lemay aborde dans ce chapitre le rôle de l’environnement dans les perturbations intellectuelles constatées chez maints carencé. Il montre ainsi que dès le plus jeune âge, la pauvreté des stimulations, ou encore l’irrégularité des apports sont des caractéristiques de l’abandon, et ce principalement lorsque les enfants sont placés tout jeune ou connaissent multiples placements. La variabilité de vie, (heures de repas, de coucher, coutume, habitude, chambre seule ou partagées…) se ressentent ainsi dans le comportement agressif d’un jeune, n’ayant connu que des placements contradictoires. Ce qui peut se ressentir même chez un enfant dans son propre milieu familiale par des « brisures relationnelles accompagnées de modifications considérables dans le rythme, l’intensité et la qualité des stimulations ». Il note notamment dans cette partie le manque de vigilance en milieu institutionnel, nourricier, du vécu d’un jeune pour modifier ses interventions éducatives ; et cite Jean Piaget « un moi ne s’élabore, ne se connaît qu’au moyen de schémes qu’il construit en fonction d’objet extérieurs éprouvés, découverts comme agissant puis modifiés par le sujet qui prend progressivement du recul et formalise des schémes opératoires ». Cela peut avoir des répercussions sur le développement de la vie intellectuelle, qui peut ne pas être remplie. Dans un second temps, il nous indique les conséquences que peuvent avoir ces privations : une autonomie peu favorisée, peu de repère spatio-temporel, peut d’influence interactionnelle… Lemay donne le statut à ces enfants « d’objet balloté ». Il note également le travail à faire avec ces enfants qui entrent dans le milieu scolaire afin d’approcher sur l’affectivité, le corps et l’intelligence vont être simultanément aidés. Dans un troisième temps, il décrit et essaie de comprendre les difficultés cognitives par le langage, l’activité cognitive du jeune carencé, la désorientation temporelle et spatiale, et les conséquences au niveau scolaire. Au niveau du langage, les enfants carencés rencontrent des difficultés pour s’exprimer, pour construire des phrases, pour les finir ; car souvent ces jeunes ont peu de motivation pour communiquer avec les autres et faire comprendre son point de vue, ainsi les idées sont confuses. Le trouble fondamentale de l’enfant carencé est sa « difficulté à se représenter le déroulement d’actions passées et présentes ainsi qu’à anticiper des actions futures », le jeune a du mal à trouver et montrer la cohérence dans ce qu’il évoque et ce qu’il vit ; car il a aussi du mal à se situer dans le temps. La notion de passé est floue lorsqu’il l’évoque, confuse, incertaine et remplie d’erreurs souvent. Il est difficile de discerner le vrai du faux, notamment sur la durée des évènements. Comme le montre Lemay il est difficile, pour les jeunes carencés d’évoquer leur passé car il souhaite l’oublier afin de ne pas être re-confronter à une situation d’abandon ou ne serait-ce y repenser. Du même principe ils ont peu d’intérêt pour l’avenir et ne s’en préoccupe guère car ils sont trop dans la cherche de satisfactions immédiates. Le jeune carencé à également du mal à investir un lieu, ce que Lemay appelle dans ce chapitre la « désorientation spatiale », c’est-à-dire que de nombreux facteur qui freine l’enracinement d’un espace. Il évoque ainsi les difficultés sur le plan scolaire que rencontrent ces jeunes, je cite :« la plus part des jeunes ayant vécu des privations maternelles durables sont lourdement handicapés dès que se produit le début de la scolarité ». De part son système, la scolarité confronte les enfants à la compétition, de ce phénomène en découle la dévalorisation et le jeune ressent un fort sentiment de rejet. Un jeune en difficulté scolaire renvoie à ses parents, ou encore sa famille d’accueil quelque chose qui blesse le narcissisme parental, qui provoque de nouvelles raisons de rejet. Dans la quatrième partie de ce chapitre, et comme dans les autres, il consacre une partie à l’approche thérapeutique. Dans celle-ci il cherche à exposer ce qui lui paraît possible de faire, de mettre en place, mais aussi les limites illusoires qui peuvent être dépasser dans ce domaine. En reprenant les différents points : le langage, l’intervention sur l’activité cognitive, l’action dans le domaine de la désorientation temporelle, l’enracinement dans un espace donné, et l’action sur le plan d la causalité.

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