Bion et les dynamiques de groupe
mardi 18 septembre 2007 par Webmestre
La dynamique de groupe est l’ensemble des phénomènes, mécanismes et processus qui émergent et se développent dans les groupes sociaux durant leur activité. Cela signifie que le comportement individuel peut changer selon les connexions actuelles ou futures des individus à un groupe sociologique.
Définition
La
dynamique de groupe est, à l’intérieur des sciences
sociales, le domaine qui s’intéresse à la nature des
groupes. Les exhortations à appartenir ou à
s’identifier à un groupe peuvent conduire à différentes
attitudes (reconnues ou non), et l’influence d’un groupe peut
rapidement devenir forte, influençant ou submergeant les
tendances et les actions individuelles.
La dynamique de groupe
peut aussi comporter des changements dans le comportement d’une
personne : lorsque cette personne se présente devant un
groupe, son modèle comportemental change vis-à-vis du
groupe.
La dynamique de groupe constitue un fondement de la
thérapie de groupe. Les hommes politiques et les commerciaux
peuvent exploiter les principes de la dynamique de groupe pour leurs
propres fins. De plus en plus, les dynamiques de groupe prennent un
intérêt particulier du fait des interactions rendues
possibles par le réseau internet.
Le Modèle à 4 étages
Un
groupe, selon le modèle à 4 étages proposé
par Bruce Tuckman (1965) appelé Tuckman’s Stages affirme que
le processus de décision idéal d’un groupe se produit
en 4 étapes :
1. Formation : faire semblant d’avancer avec
les autres ;
2. Lancement : abaissement des barrières de la
politesse et tentative d’aller dans le vif du sujet même si
cela engendre quelques altercations ;
3. Régularisation :
s’habituer à chacun, et développer la confiance et la
productivité ;
4. Exécution : travailler dans un
groupe avec un but commun sur une base hautement efficace et
coopérative.
Il faut noter que ce modèle se réfère
au modèle d’ensemble du groupe, mais évidemment les
individus à l’intérieur d’un groupe travaillent de
différentes manières. Si la méfiance persiste,
un groupe peut ne jamais arriver au stade de régularisation.
Wilfred
Bion a étudié les dynamiques de groupe sous l’angle de
la psychanalyse. Beaucoup de ses découvertes ont été
rédigées dans ses livres publiés,
particulièrement les expériences dans les Groupes,
Londres, Tavistock, 1961. Le Tavistock Institute a développé
et appliqué ultérieurement la théorie et les
pratiques développées par Bion.
Il est possible de
susciter des dynamiques de groupe en développant la
convivialité nécessaire aux échanges :
secrétariat, machine à café, salle de réunion.
On parle d’espace de travail partagé.
http://www.businesspme.com/articles/ressourceshumaines/101/la-dynamique-de-groupe.html
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http://www.psycho-ressources.com/bi...
Les phénomènes de
groupes
Si S. Freud, lui-même,
s’est intéressé aux phénomènes collectifs
et grégaires, c’est aux psychanalystes britanniques que l’on
doit l’audace d’avoir utilisé la méthode de la cure
psychanalytique pour l’exploration de l’inconscient du groupe. J.
Lacan, dès septembre 1945, ira à Londres pour se tenir
informé des premières découvertes. Ainsi,
commenceront à se développer des expériences et
de nombreux travaux en France sur le même sujet.
L’école
britannique
"Il
est très difficile de savoir que faire, quand on a pas de
temps pour penser".
W. R.
Bion
Les représentations du
groupe
L’appartenance d’un individu à un groupe
déforme la perception de son expression personnelle : cette
expression passe, sans qu’il le sache, à travers le filtre de
ce qui est dicible dans le groupe et recevable par ses membres.
Ainsi
l’expression individuelle devient-elle l’affaire du groupe, dans un
souci sous-jacent de protéger son économie interne
(inconsciente pour ses membres).
Le paradoxe réside
dans la croyance tenace que chaque membre, quand il parle, le fait en
son nom propre, alors qu’en tant qu’appartenant au groupe, c’est
aussi et surtout au nom du groupe qu’il s’exprime .
La conséquence
première de ce phénomène, qui touche chacun à
son insu, concerne :
-
la difficulté du groupe à accepter entre membres les différences personnelles ;
-
la propension pour chaque membre à ressentir ces différences comme une menace potentielle contre sa propre intégrité.
Chaque groupe serait ainsi régit,
dans son fonctionnement, par la "mentalité" qui lui
est propre. Cette "mentalité du groupe" correspond à
l’ensemble de représentations peu ou pas conscientes qui
s’imposent à ses participants, comme autant de règles à
respecter pour en être un membre légitime. Plus
profondément, elle est l’agrégat des constructions et
des défenses de chacun des participants face aux angoisses qui
naissent de toute tentative d’évolution, vécue comme un
danger.
D’après Bion, l’organisation inconsciente du
groupe autour d’un système de représentations, qu’il
appelle mentalité, s’originerait dans la constitution d’un
binôme, plutôt fusionnel, de même sexe ou de sexe
différent, posant "l’hypothèse de base" à
partir de laquelle s’organise le fonctionnement grégaire.
Bion
propose trois hypothèses de base génériques :
-
"la dépendance" : l’objectif premier est la réalisation, l’affirmation et la pérennisation de l’appartenance au groupe ; Le groupe de dépendance s’organise autour de la recherche d’un leader bon, puissant et sage, dont la fonction consiste à assurer la satisfaction de tous les besoins et désirs du groupe.
-
"l’attaque-fuite" : l’organisation se construit sur la base de l’exclusion de tout élément étranger au groupe ; Le groupe d’attaque-fuite, dont le leader est de type paranoïde, se fonde sur l’idée qu’il existe, à l’intérieur ou au-dehors du groupe, un ennemi, contre lequel il faut se défendre ou qu’il faut fuir.
-
"le couplage" : le rassemblement se fait autour d’un couple (lui-même constitué sur la base d’une attirance sexuelle réciproque) considéré comme incarnation d’un modèle parental ou familial idéal. Le groupe de couplage repose sur un espoir de type messianique, relatif à un être qui n’est pas encore né mais qui sera capable de résoudre les problèmes du groupe.
Les tensions dans le groupe
Le
modèle de fonctionnement (ou "mentalité") du
groupe, ressenti comme volonté unanime, est la première
source de souffrance individuelle, du fait qu’il entre en conflit
avec les désirs personnels de chacun. Souvent sans le vouloir,
parfois délibérément, les participants cherchent
à mettre mal à l’aise toute personne qui propose une
nouveauté.
Du coup, se sentant en danger face aux
désirs de transformation, le groupe est mu par "la haine
de tout apprentissage par l’expérience". Il masque alors
ce sentiment difficile à exprimer et à élaborer
par "le savoir d’instinct, sans évolution et sans
apprentissage" .
Une autre source de tension réside
dans l’harmonisation difficile entre la vie affective du groupe
(émotions et sentiments) et sa capacité de discernement
(prises de conscience, réflexion), l’une et l’autre étant
liées de façon diachronique : l’élaboration (la
mise en mots des affects) ne se réalisant, y compris
spontanément, que dans l’après-coup. Une situation de
souffrance ou de doute peut ainsi survenir dans cet entre-temps (laps
de temps qui sépare le vécu de sa symbolisation), ou
dans la fixation, en fonction de la personnalité de chaque
membre, à un mode de fonctionnement (par exemple uniquement
rationnel) ou à un autre (uniquement affectif), plutôt
que d’accepter un va et vient naturel entre les deux.
Enfin,
l’apport original de Bion se situe dans la comparaison très
juste entre la relation de l’individu au groupe et celle du
nourrisson à sa mère. En effet, la vie au sein d’un
groupe provoque, par le biais de processus inconscients de régression
, des mécanismes archaïques de défense comme
l’identification projective, le clivage ou l’idéalisation .
Ainsi en va-t-il de l’adulte qui devient partie prenante de la vie
affective d’un groupe déjà constitué : le nouvel
entrant doit faire face à "une perte momentanée de
perspicacité, avec une impuissance face à des
sentiments violents incompréhensibles" . L’inconfort qui
résulte de son arrivée au sein du système
engendre de part et d’autre des phénomènes persécutifs,
soulagés ponctuellement, et de façon toute provisoire,
par le recours à la plaisanterie, à la dépréciation,
ou en sens inverse à la sur-valorisation (éloge
factice).
Les modes d’équilibrage
Face
aux conflits internes nés de la proposition d’évoluer
émise par l’un des membres, une des façons courante de
réagir de la part du système (groupe) est de favoriser
un schisme donnant naissance à deux sous-systèmes :
l’un majoritaire et conservateur, défenseur du statu quo,
l’autre très minoritaire (au départ en tout cas)
promoteur de l’innovation.
Le passage du savoir préformé
à "l’apprentissage par l’expérience" s’opère
par l’acceptation de la dépression . Un groupe qui n’autorise
pas la déprime, ou même la dépression, à
ses membres est un système qui risque tôt ou tard de se
fossiliser. Seule l’acceptation des moments dépressifs de
l’ensemble ou de chacun des participants permet d’explorer les
limites des représentations ("hypothèse de base"
du groupe notamment) et, individuellement, de se re-situer par
rapport à son désir et aux frustrations qu’implique la
présence des autres avec leurs propres désirs.
Les
moments dépressifs rendent également possible le repli
sur soi, qui assure à la personne un contact avec sa réalité
intérieure, seul vrai baromètre des actions qu’elle est
à même de poser, des initiatives qu’elle est capable de
prendre en fonction des qualités qui sont les siennes, et non
plus pour répondre à la demande réelle ou
supposée du groupe (idéal du moi groupal et surmoi du
groupe).
L’apprentissage par l’expérience, au plus près
de ce qui est vécu, et donc la transformation du groupe, son
évolution, sont possibles lorsque le groupe a confiance dans
les réussites et les échecs, les hauts et les bas de
chacun de ses membres, tout autant que de l’ensemble humain qu’il
constitue.
L’école française
"
La psychanalyse se doit de postuler trois niveaux en interaction :
celui de l’inconscient individuel, celui de la résonance
fantasmatique groupale et celui des représentations
collectives."
D. Anzieu
Les
forces du groupe et leur sens
Si Didier Anzieu admet qu’il
existe deux modèles de référence pour l’étude
de la dynamique des groupes : celui de Lewin et celui issu de la
psychanalyse, il critique l’approche de Lewin tant sur l’aspect de
l’analyse des résistances au changement que sur celui du
diagnostic . En effet, l’explication dynamique " ne considère
le groupe que comme un système de forces, alors que
l’explication analytique opère à la fois en termes de
force et de sens " , notamment grâce à une
exploration de l’imaginaire du groupe. Ainsi, le dynamisme de Lewin
ne ferait que renforcer les défenses des membres contre les
pulsions inconscientes du groupe : le résultat serait alors
superficiel (changements de rôles, optimisation de la
communication et du travail en équipe) et peu durable, une
perturbation endogène ou exogène d’un nouveau type
venant perturber la nouvelle économie du groupe, sans que
celui-ci n’ai appris comment se transformer pour y répondre.
Le risque majeur serait alors de créer une idéologie du
" bon chef " et du " bon groupe " (moi idéal
goupal) aliénante pour ses membres .
Le groupe
comme défense contre l’inconscient
La question
principale est de cerner sur quoi et comment s’est fondé le
groupe : le " fondement de la groupalité ". Cette
approche - à l’écoute des perceptions, des affects et
des fantasmes inconscients des membres d’un groupe - étudie
les combinaisons multiples et changeantes de ces éléments
: " Tout groupe humain résulte d’une topique subjective
projetée sur lui par les personnes qui le composent. " Ce
qui amène Anzieu à parler de " soi de groupe ",
réalité psychique transpersonnelle : " Ce soi est
imaginaire, il est le contenant à l’intérieur duquel
une circulation fantasmatique et identificatoire va s’activer entre
les personnes. " L’économie du groupe en découle,
a fortiori les processus distingués par les psychosociologues
(leadership, conflits internes, attractions/répulsions,
consensus) considérés, en fait, comme l’expression de
résistances et des défenses inconscientes : " Le
climat d’un groupe, ses productions, ses blocages sont liés
aux résonances ou aux discordances fantasmatiques entre ses
membres ou entre ses sous-groupes. "
Le rêve
et la " psyché de groupe "
Née
dans les années 1960-70, la recherche psychanalytique
française sur les groupes s’oppose à la culture puriste
et fanatique des milieux psychanalytiques officiels de l’époque
qui voulaient préserver à tout prix un " idéal
de la cure type ", ce qui aurait mené la psychanalyse à
s’éteindre peu à peu, faute de renouvellements. La
question est alors de chercher une réponse psychanalytique aux
nouveaux malaises de l’être humain dans la civilisation
post-moderne. Le CEFFRAP va concrétiser cette réflexion
et regroupe des analystes comme Didier Anzieu , Jean-Bertrand
Pontalis et René Kaës … Pour eux, il existe un
inconscient de (et dans le) groupe. Le fonctionnement groupal (et son
recours à l’auto-référence) serait une défense
contre l’acceptation des processus inconscients qui y sont à
l’œuvre. Ils en arrivent à poser l’existence d’une "
illusion groupale " : tout groupe se réfère à
son insu à une illusion, un imaginaire, une croyance (ou un
ensemble de croyances) qui fondent sa cohésion
(apparente).
Trois hypothèses fondatrices structurent
leurs recherches :
-
Pontalis (1963) : le groupe (restreint) a valeur d’objet psychique pour ses membres, qui l’investissent de pulsions et représentations inconscientes.
-
Anzieu (1966) : comme le rêve, le groupe est un espace psychique qui permet la réalisation imaginaire de désirs infantiles ou actuels ; de ce fait, tout groupe se construit sur un fantasme sous-jacent, qui le spécifie.
-
Kaës (1970) : le groupe existe en tant que réalité psychique singulière et possède un appareil psychique groupal qui régule l’ensemble grâce à des organisateurs fantasmatiques inconscients (groupes internes qui facilitent la relation de l’individu avec l’ensemble).
Voici, pour résumer la
pertinence de leur démarche, ce que René Kaës
affirme en 1999 : " L’invention psychanalytique du groupe a été
une réponse aux grandes ruptures de la modernité : elle
s’inscrit dans une représentation anthropologique qui élargit,
ou estompe les limites de l’identité ; c’est en quoi elle
propose un traitement de la souffrance moderne : pathologie des
limites et des formations intermédiaires, des défauts
de symbolisation. […] Au moment où la psychanalyse se
dit en crise, voici un secteur de sa pratique - la pratique
psychanalytique de groupe - en plein essor créatif, apte à
prendre en considération les souffrances de nos contemporains,
capable aussi dès à présent d’assumer sa part
dans le travail critique que la psychanalyse doit périodiquement
effectuer sur ses propres énoncés. "
Pour
terminer ce rapide aperçu, Serge Tisseron a exprimé
dans plusieurs de ses ouvrages que le groupe se forme à partir
de ce qui fait difficulté d’élaboration psychique pour
chacun des membres qui le constitue. Parfois même, le groupe
repose sur de vraies impasses de symbolisation. " Les groupes se
créent sur ce qu’ils taisent ", affirme Benoîte
Michel-Graziani, sur un secret fondateur, souvent inconscient. La
tâche du psychanalyste, quand le groupe le souhaite, est alors
de l’aider à explorer ses affects et représentations
(manifestes et latents) afin de découvrir sur quels
fondements, sus ou insus, il se constitue sans cesse. Un groupe est
un corps vivant qui n’en finit jamais de se construire tout en se
détruisant. Reste alors, comme l’a très justement
souligné Jacques Derrida lors des Etats généraux
de la psychanalyse à Paris en juillet 2000, quelle part de
cruauté est immanquablement à l’œuvre au sein de
tout groupe, et - sans la nier ou la minimiser - l’élaborer un
peu plus, pour que les dérives totalitaires ou fanatiques
soient jugulées à temps et transformées : que
peut-être les horreurs du XXème siècle ne soient
plus qu’un très mauvais souvenir…
En dehors de
l’Angleterre et de la France, l’Italie, longtemps sous le joug des
superstitions du catholicisme romain, hostile jusqu’à la fin
des années 1960 à la psychanalyse, sera paradoxalement
le troisième berceau le plus important des recherches
psychanalytiques sur les petits groupes et certainement l’école
la plus pionnière et inventive pour la psychanalyse
familiale.
Les recherches dans ce domaine encore très
peu exploré sont à leur début et il est certain
que les années à venir seront riches en développement,
dont sauront peut-être tirer partie les institutions et les
entreprises les plus audacieuses et innovantes.
Saverio Tomasella, Psychanalyste
http://www.psycho-ressources.com/bibli/psycha-groupe.html
