Boris Cyrulnik : L’ensorcellement du monde
mardi 18 septembre 2007 par Mathieu Rigard
Boris Cyrulnik part du principe que les jeux d’échanges qui formant et transforment la personnalité agissent tant au niveau de l’ontogenèse ( développement de l’individu) que de la phylogenèse (développement de l’espèce).
Il étudie dans ce livre la teneur de ces interactions qui touchent le monde humain comme le monde végétal ou animal.
Cyrulnik appelle ces relations de communication : "ensorcellement".
Il y a donc, pour lui, un double rapport au monde (ou ensorcellement) : par le corps qui change, évolue, et par la pensée qui, évoluant elle aussi, change son rapport au monde. Il tentera donc de développer une définition de l’évolution dans ce contexte.
I. Le corps
Distinction homme/animal qui n’est pas celle opposant l’être doué d’âme à celui qui ne l’est pas. La distinction vient d’une représentation particulière du monde, fruit d’une perception sensorielle particulière.
- La bouche : 1er outil sensoriel. Le repas étant le premier lien de communication, moteur du développement psychique.
p42 : "... le vide, la perte, le retard à la satisfaction, et plus généralement tout manque sont nécessaire à l’impulsion de la vie psychique. Il faut souffrir d’un manque pour structurer l’entre-deux et inventer les signes qui maintiendront le lien. (...) Ce qui conduit à penser qu’un milieu nouricier, empressé à la satisfaction immédiate des indices émis par le bébé, en supprimant le retard qui fait souffrir, supprimerait l’espoir de satisfaction."
-> L’angoisse comme moteur psychique.
- La pratique de l’infanticide : illustre la notion de crime non verbalisé donc non-crime dans les société ou les genres animales qui l’ont pratiqué. L’Ethologie (étude des animaux) défend l’idée qu’une manifestation comportementale résulte de la confluence de divers déterminismes de nature différente (biologique, culturels, materialistes).
- Pica : conduite alimentaire qui consiste à ingérer des aliments non mangeables pour combler un vide.
- Anaclitisme : perte de tout objets extérieurs, perte de stimulation.
- A partir de la bouche, on voit se développer de façon parallèle la parole et le néocortex. Le néocortex est ce fameux 3ème cerveau (1er = les instincts ; 2ème = celui des émotions ; 3ème = la mémoire et réflexion). Permet une structuration symbolique du monde, avec l’usage d’inaperçues. Permet également l’accumulation (livres, internet, mythes, dogmes...) de la structuration du monde par le langage et fait que dès sa naissance, le petit d’Homme se confronte a un monde déjà structuré par la pensée de ses ascendants.
p78. L’intelligence, selon Cyrulnik :
"Chaque matin en se levant nous devons prendre des décisions importantes du genre : "Quelle paire de chaussettes vais-je mettre avec cette cravate ?"
"L’aptitude à l’anticipation témoigne, chez certains animaux, d’un début de dissociation entre le signifiant, là, instrument de la représentation, et le signifié, pas là, mais représenté. L’être vivant capable d’une telle performance émotionnelle (appétance), intellectuelle (représentation) et motrice (hop, debout !) peut inventer une action non présente et pas nécessairement adapté au milieu."
Cette définition va à l’encontre de la philosophie cartésienne, pour qui l’âme est séparée du corps.
Ici intelligence = corps (perception) + imperçus (constructions intellectuelles).
- L’apparition du langage change la nature de la mémoire.
- Distinction entre la pensée perceptuelle, la pensée émotionnelle et la pensée abstraite.
II. L’alentour
L’individu est poreux (contrairement à monolithique) et tend à se mélanger avec ce qui l’entoure.
Il existe également une aptitude biologique à l’empathie.
Biais : - olfactif
- hypnose, comme état de la sensorialité liant deux organismes séparés. Plaisir du pré-vus, plaisir qui capture.
- Passage du signifiant au signifié, passage de la peur à l’angoisse. L’angoisse contraint à la culture, pour retrouver le lieu de la peur. L’angoisse est bien pire que la peur, son objet n’est pas clair (angoisse du couché, le monstre sous le lit), pour la ramener à de la peur simple, il faut mettre des mots dessus, raconter des histoires, en ce sens elle pousse à la culture.
- Notion de capture sensorielle.
Ex : une poule entravée, couchée au sol près d’une ligne blanche, restera en état de catalepsie même lorsqu’elle sera délivrée de ses liens.
L’odeur, si envoûtante soit-elle, n’est pas un facteur de capture sensorielle. Elle attire ou repousse, mais toujours éveille.
Hypnose : - Notion de capture sensorielle qui rétrécit le champ de perception chez l’animal.
- Notion de capture du champs de conscience chez l’homme.
Le champs sensoriel, créé par le regard des autres sur nous, leur béné ou malé diction, nous entoure et nous façonne.
Importance des fonctions sensorielles chez les nourrissons (avant et après la naissance). Par contre très courte mémoire (- de 10 minutes).
A la naissance, l’avenir d’un enfant est déjà chargée de l’histoire parentale. Il est presque toujours réceptacle d’un voulu, d’un pré-dit, d’un investissement particulier qui influera fortement sur son l’environnement en contraintes de développement, en tuteurs de sens.
C’est la notion de milieu précoce et l’importance des interactions précoces en temps que facteur socialisant car rassurant.
Les animaux n’ont pas cette histoire personnelle et familiale, mais ils ont tout de même un passé portant des aptitudes comportementales.
III. L’artifice
Le leurre : ce qui nous trompe le mieux révèle ce que l’on désire le plus.
La compréhension des leurres repose sur la sensibilité universelle à l’horreur, au bien-être et à la merveille.
L’ensorcellement joue sur deux dimensions, dans l’indice et le signal. Il structure les leurres qui capturent tout ce qui vit, comme une clef dans une serrure.
Ex : les drogues (qui ne touchent pas que les êtres humains).
Lorsque l’image se sémantise, devient mots, on peut "mette là pour" représenter une absence et la faire vivre ici. Le contresens rend alors possible la création, d’une part, et la folie d’autre part.
Faire semblant : - Pour agir sur les représentations de l’autre.
- guidé par nos émotions.
- mû par notre conscience de pouvoir agir sur les représentations de l’autre, par la verbalité, les récits, les jeux...
C’est un accès à la construction d’images.
Le Plaisir à son revers le déplaisir. Notre cerveau marche selon un mode récompenses/aversions.
Toutes ces fonctions sont reprisent dans les rêves.
Naissance du sentiment de soi dans l’autre, dans ce jeux qui fait "bouger" l’autre.
Évolution ontologique :
- 0-3 mois "presque dans" l’autre
- 6 mois à 2 ans "être avec"
- 2ème année "faire pareil"
Conclusion
L’homme, grâce à son équipement biologique accède à un monde imperçus.
Mais en confrontation au monde imperçus de l’autre, il y a partage, échange. Là intervient l’artifice, la coécriture qui amène à l’humanisation du monde, artificielle.
Suivant le regard éthologique, l’homme est comme chaque espèces, un état unique du vivant. Mais c’est le seul animal capable d’échapper à la condition animale.
Très lisible. Beaucoup plus clair que mes note. Je vous en recommande vivement la lecture...
Mathieu Rigard
Articles de cet auteur
fr
L’ONES
Ressources
Bibliographie
Notes de lecture
?
