éducateur spécialisé, éducateurs spécialisés bienvenus à l’ONES

lettre aux étudiants

lundi 29 novembre 2010 par jean marie vauchez

Lettre aux étudiants, aux nouveaux diplômés et à ceux qui ont échoués au DEES 2010.

Lors du dernier conseil d’administration, l’ONES a décidé de rédiger une lettre à destination des étudiants pour leur rendre compte des dernières actions entreprises ainsi que des perspectives que nous pouvons escompter. L’ONES a été particulièrement active sur deux dossiers depuis la fin de l’année scolaire dernière : celui de la réforme du diplôme d’éducateur spécialisé et celui des gratifications.

Le DEES 2010

En ce qui concerne la réforme du diplôme d’éducateur spécialisé ainsi que ce qui concernait les difficultés qui se sont produites au moment de la certification, il devenait urgent que nous rendions compte de nos différentes actions pour les principaux intéressés.

Sur la question des épreuves du DEES 2010, nous avons eu une stratégie qui a été parfois mal comprise. Aussi nous devons bien quelques éclaircissements aux étudiants qui ont passé leur diplôme en 2010.

Dès mai 2010, nous savions que les épreuves risquaient d’être très difficiles pour ceux qui postulaient. En effet, nous avions en tête l’expérience des assistants de service social qui avait connus un taux d’échec très supérieur à la normale lors de la première épreuve, après la réforme de leur diplôme. Par ailleurs, nous avions beaucoup de remontées concernant les moniteurs éducateurs pour lesquels nous savions de manière intuitive (car non étayée par une recherche) que les résultats avaient été contrastés. Enfin, nous n’avions pas de comité de suivi de la réforme pour anticiper les difficultés, comme cela avait été mis en place pour les assistants de service social à l’initiative de l’ANAS.

Nous avons donc pensé à une stratégie en trois points :

-  Communiquer le plus largement possible pour que tous les acteurs soient le plus précisément informés des difficultés qui risquaient de se présenter.
-  Le deuxième axe de notre action était de conduire une évaluation indépendante des résultats du DEES 2010
-  Enfin, bien que nous cumulions le handicap de dépendre de deux directions générales (D.G.C.S et à la D.G.E.S.I.P) avec celui de ne pas avoir pu, mettre en place un comité de suivi de la réforme, nous avons dû dès l’annonce des premiers résultats formuler une demande d’examens de rattrapages.

A l’heure du bilan de notre action, fin novembre 2010, nous sommes maintenant assurés que les résultats au DEES 2010 se situent dans une fourchette située entre 75% et 80% de réussite sur le plan national. Ce résultat est cohérent avec les remontées des rectorats à la DGCS (même s’ils tendent plus sur le 80% de réussite que nous !). Toutefois, il faut modérer ce résultat par deux éléments :

-  Ces résultats sont une moyenne. Si l’on entre dans les détails, on constate en effet de très fortes amplitudes entre écoles, voire entre deux promotions d’une même école. Ainsi certaines promotions ont vécu de véritables tragédies (à la Réunion par exemple) et d’autres ont connu des résultats très proches des 100% de réussite.

-  Les épreuves du DEES et surtout les résultats n’ont pas été proclamés en même temps sur le territoire. Les premiers résultats sont tombés fin juin 2010 alors que les tout derniers sont arrivés en septembre. Or nous avons relevé une nette progression entre les premiers résultats nous étant parvenus plus négatifs, et les derniers, bien meilleurs en moyenne.

Notre première réaction a été plutôt vive et nous avons adressé aux Directions compétentes notre réclamation principale, à savoir l’organisation d’examens de rattrapage, bien que nous n’avions qu’une visibilité limitée sur l’ensemble des résultats. Nous avons fait ce choix sciemment. Le présage d’une catastrophe étant plus fort que celui d’une pleine réussite. On nous a reproché d’avoir un peu « crié au loup » à tord. Pour l’ONES, la détresse des étudiants éducateurs spécialisés ayant échoués était si importante qu’elle devait inévitablement pouvoir être entendue par les acteurs concernés, en particulier les membres des jurys. L’action menée nous laisse entendre qu’elle a trouvé écho.

A ce jour, nous pouvons dire qu’aucun examen de rattrapage ne sera organisé en raison du trop faible nombre d’échecs. Nous regrettons fortement cette situation d’autant que nous mesurons bien l’injustice pour ceux qui ont échoué en raison de difficultés sans rapport avec leur cursus de formation.

Pour la suite, nous allons proposer une évaluation de l’écart entre ce qui se passe sur le terrain et ce que la nouvelle forme du DEES suppose comme compétences. Pour ce faire, l’ONES souhaiterait constituer un comité de suivi de la réforme, composé d’étudiants éducateurs spécialisés et de professionnels. L’objectif étant d’identifier de façon précise les modifications s’opérant sur les lieux d’exercices et d’être forces de propositions. A ce sujet nous invitons les personnes intéressées pour conduire et s’inscrire dans ce travail à prendre contact avec l’ONES.

Il existe en effet un véritable manque d’évaluation de ce que ce type de réforme entraine comme conséquences dans les pratiques, et notamment quelle nouvelle articulation avec les autres métiers elle suppose. Sans compter qu’à priori, rien ne dit que cette nouvelle mouture du DEES corresponde à ce qui est véritablement attendu des usagers, des établissements, et des éducateurs spécialisés eux-mêmes. Le référentiel constitué en domaines de compétences modifie complètement l’entrée dans la profession. Si pour certains cela va de soi, les éducateurs spécialisés ont en tout cas certainement des choses à en dire. D’ ailleurs la transposition des domaines de compétences dans la pratique parait source de beaucoup d’incompréhension et même de difficultés que l’ONES entend recueillir auprès des étudiants et des professionnels.

Les gratifications :

Cette question des gratifications des stages est à considérer sous plusieurs angles :

La précarisation des étudiants Le principe de l’alternance L’assèchement de l’offre de stages.

La précarisation des étudiants éducateurs spécialisés est une réalité que nous constatons tous les jours. Les travailleurs sociaux pauvres (vivant eux-mêmes sous le seuil de pauvreté) ont fait leur apparition voici peu. Bien entendu, la précarité frappe également les étudiants éducateurs spécialisés. Par ailleurs, les contraintes de la formation et en particulier des stages amène nombre d’étudiants éducateurs spécialisés à devoir engager des dépenses supplémentaires pour pouvoir suivre leur cursus. L’ONES a donc pour ligne de conduite de défendre en s’associant à d’autres organisations professionnelles (Anas FNEJE ...) toutes les dispositions à même de soutenir financièrement les étudiants éducateurs spécialisés.

De plus pour l’ONES le principe de l’alternance est fondamental pour la formation. Elle est bien plus qu’une modalité pédagogique comme une autre. Elle a pour fonction de permettre à l’étudiant éducateur spécialisé d’intégrer des aspects théoriques en le confrontant à l’expérience de la pratique. Or, ces aller/retours entre terrain et centre de formation sont des temps de distanciation nécessaires au processus de construction de sa posture professionnelle. C’est parce que l’alternance dans la formation lui fait faire ce mouvement que l’étudiant éducateur spécialisé le reproduira dans le cadre de son exercice professionnel. Par expérience, nous savons à quel point ce mouvement d’aller-retour entre théorie et pratique, est l’un des aspects des plus fondamentaux se retrouvant dans notre métier.

Or, pour des raisons que l’ONES a analysées dans ses dossiers, le dispositif des gratifications, au départ destiné à assurer un revenu aux étudiants, a provoqué une véritable déperdition de l’offre de stages. Encore récemment, l’ONES a été au fait de véritables tragédies dans des promotions où près de la moitié des étudiants demeuraient dépourvus de stages quelques jours avant de partir. Sans compter les dégâts en termes de processus de formation où des étudiants sont contraints à choisir des stages sans rapports avec leurs objectifs de formations.

La situation actuelle (fin novembre 2010) est liée à la démarche du sénat qui a voté la sortie des étudiants en travail social du dispositif des gratifications. Cependant le processus législatif suppose que l’assemblée nationale vote également cette disposition. Or a l’heure actuelle, elle n’a toujours pas été saisie de la question qui reste en suspend. Donc, le régime des gratifications reste d’actualité pour l’instant.

Lorsque la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale sera saisie de cette disposition, l’ONES demandera avec les autres organisations professionnelles, à être reçue par le rapporteur pour exprimer une demande de maintien en l’état du dispositif des gratifications, partant du principe que la question de la précarité étudiante et de surcroît des étudiants en travail social, est grave et qu’elle doit être considérée à la mesure d’un problème social structurel qui fragilise les processus de professionnalisation. Indépendamment, la raréfaction de l’offre de stages doit être analysée selon une lecture transversale impliquant l’ensemble des acteurs, collectivités locales, territoriales, secteur hospitalier et associatifs.

Par contre, il est bien évident que des recherches doivent encore êtres menées pour trouver des procédés permettant de rétablir cette offre de stages. La piste d es financements est bien sûr étudiée mais nos réflexions montrent qu’elle ne suffit pas. Il faut aussi promouvoir et développer un véritable partenariat solide entre centres de formations et établissements d’accueils. Ce n’est pas directement le travail de l’ONES, cependant, au travers de rencontres de réflexions sur ce thème, notre association peut soutenir et faire connaitre les expériences dès lors qu’elles peuvent aider les uns et les autres à travailler ensemble

Conclusion :

A l’heure du bilan de nos actions de cet été pour les étudiants éducateurs spécialisés, nous avons des sentiments contrastés. Bien sûr que nous aurions préférés que toutes ces injustices ne se produisent pas et que les étudiants lésés puissent avoir une seconde chance. Pourtant nous avons aussi le sentiment d’avoir contribué à faire connaitre les difficultés des futurs éducateurs spécialisés. L’ONES mesure combien le chemin qu’il nous reste à parcourir est important avant que la voix des éducateurs spécialisés porte véritablement sur la scène publique. Cette voix, il nous faut la faire entendre ensemble. Nous avons beaucoup de pain sur la planche pour 2011 !

Pour l’ONES

Jean marie Vauchez


Documents joints

29 novembre 2010
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